Sandrine Rui, maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Bordeaux et chercheuse au centre Émile-Durkheim, a joué un rôle important dans la Convention citoyenne sur la fin de vie qui s'est déroulée de décembre 2022 à avril 2023. Cet exercice de démocratie participative, unique en son genre, a permis aux citoyens de mieux appréhender la complexité de cette question.
Cette convention visait principalement à éclairer le travail du législateur. Contrairement à un simple sondage, elle a permis aux participants de se forger une opinion éclairée sur une thématique délicate comme celle de la fin de vie. « Les membres, un panel représentatif de 184 personnes, ont eu l'occasion d'échanger pendant neuf week-ends, d’auditionner 70 experts, et de se documenter pour formuler leurs avis », précise Rui. Ce processus a permis à de nombreux citoyens de modifier ou de construire leur opinion personnelle sur la loi.
« Les débats ont été de haute tenue, tout comme ceux à l'Assemblée nationale », souligne-t-elle.
Au départ, 69% des participants étaient en faveur du droit à mourir, et à la fin, ce chiffre avait grimpé à 75,6%. “Il était essentiel d’arguer, de s’enrichir des discussions et de naviguer dans des opinions parfois contradictoires”, ajoute Rui. Les conclusions de la convention semblent en phase avec les dernières enquêtes d'opinion, qui montrent une société de plus en plus ouverte à la discussion sur cette thématique délicate.
Interrogée sur l'impact des croyances personnelles sur les décisions prises lors des débats, Rui indique que la majorité des citoyens ont cherché à se placer dans une perspective d'intérêt public. « Ils ont considéré la société dans son ensemble, rendant leurs conclusions plus globales et moins soumises à des intérêts individuels », confirme-t-elle.
Les débats continuent à l'Assemblée nationale, en espérant qu'un consensus puisse être trouvé. Malgré le rejet initial du Sénat, la question de la loi sur la fin de vie reste cruciale, et la voix des citoyens est plus que jamais nécessaire pour guider les décisions politiques, ce qui constitue un véritable exercice démocratique.







