les sms de campagne qui irritent les parisiens : une méthode controversée

Des SMS de campagne suscitent l'irritation des électeurs parisiens à l'approche des municipales.
les sms de campagne qui irritent les parisiens : une méthode controversée
Les SMS ont été envoyés jeudi, soit 72 heures avant le premier tour. La loi interdit tout envoi de ce type de message dans les 48 heures précédant un scrutin. (Illustration) LP/Arnaud Journois

À Paris et au-delà, de nombreux Français ont été pris de court jeudi par des SMS politiques non demandés, émanant de candidats aux municipales parisiennes du 15 mars. Une démarche légale qui déclenche une tempête d'indignation sur les réseaux sociaux.

« Quelqu'un a des informations ? Est-ce une arnaque ? » Une telle question, publiée jeudi 12 mars sur X, illustre parfaitement la confusion de nombreux citoyens découvrant un message inattendu sur leur téléphone. « C'est un cauchemar. Comment ont-ils eu mon numéro ? », s'écrie un autre utilisateur, visiblement agacé.

Alors qu'il ne restait que 72 heures avant le premier tour des élections municipales, une grande quantité de messages de campagne a déferlé sur les téléphones d'électeurs, principalement parisiens, mais également ailleurs en France. Cette situation a semé le trouble et l'irritation.

Sur X, les réactions sont déjà nombreuses, ciblant principalement la candidate LR Rachida Dati, en plus du nom de Pierre-Yves Bournazel (Horizons).

une nouvelle technologie

Ces messages ne sont pas des SMS ordinaires. Il s'agit en fait de RCS, ou Rich Communication Services, une technologie qui modernise l'envoi de messages, permettant d'intégrer des contenus enrichis comme des vidéos et des liens cliquables.

Deux formats de messages ont circulé : l'un, plus formel, mentionne un « RCS politique » ; l'autre, plus personnel, commence par « Bonjour, c'est Rachida Dati. J'ai besoin de vous dès le 15 mars pour changer Paris ». Beaucoup ignorent ce qu’est un « RCS politique » et craignent une arnaque.

qui se cache derrière ces envois ?

Derrière ce type de campagne massive, on trouve généralement des entreprises spécialisées dans la communication électorale numérique. Dans ce cas, c'est SelfContact qui a été identifiée comme l'émetteur des messages.

Cette société affirme être un « leader en communication électorale numérique », insistant sur l'utilisation d'une base de données constituée uniquement de personnes ayant donné leur accord explicite pour recevoir des messages politiques et garantissant sa conformité avec le RGPD.

Ces numéros proviennent souvent de formulaires remplis lors d'événements politiques, de pétitions en ligne, ou sont achetés auprès de fournisseurs spécialisés. L'organisation se doit de prouver qu'elle a obtenu ce consentement de manière claire et sécurisée.

Bien qu'aujourd'hui Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel soient au cœur de la controverse, il est possible que d'autres candidats élaborent des stratégies similaires lors de cette campagne électorale.

une pratique légale mais très encadrée

Contrairement à certaines affirmations, cette pratique est légale tant qu'elle suit un cadre réglementaire strict. Le RGPD impose un consentement explicite du destinataire, propose une option de désinscription — comme le « STOP » en bas du message — et interdit tout envoi dans les 48 heures précédant un vote.

Depuis octobre 2025, un règlement européen a renforcé ces exigences. L'annonceur doit être clairement identifié, le financement des campagnes doit être transparent, et l'utilisation de données sensibles pour le ciblage est formellement proscrite.

La Cnil surveille l'application de ces mêmes règles. En décembre 2025, elle a infligé des amendes à cinq candidats pour des transgressions lors des élections de 2024, totalisant 23 500 euros. En effet, les SMS politiques représentaient 59 % des plaintes effectuées via son observatoire électoral.

des électeurs d'autres villes ciblés

« J'ai reçu le même SMS, mais je ne vis ni ne travaille à Paris et je ne vote même pas ici », s'interroge un internaute sur X. Comment des personnes vivant à Cannes ou à Pau, sans lien aucun avec la capitale, ont-elles été ciblées par ces campagnes parisiennes ? Ces erreurs découlent souvent de bases de données imprécises, d'un ciblage géographique trop large, ou de numéros obtenus lors d'événements nationaux et réutilisés localement.

Les social media sont en ébullition ; des utilisateurs se plaignent : « Laissez-nous tranquilles », « C'est quel spam ça ? », ou même « Est-ce légal ? ». Les avis tranchés sont manifestes : « Est-ce une campagne politique ou du harcèlement ? On ne devrait pas essayer d'acheter les électeurs en interférant ainsi dans leur quotidien. » Ces réactions témoignent des risques d'une stratégie qui, à première vue, pourrait sembler intrusif aux yeux de nombreux électeurs.

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