L'accusation a demandé, dimanche, des peines de prison particulièrement sévères. Gabriel Ory fait face à une réclusion à perpétuité avec une sûreté de 22 ans, tandis qu'Amine Oualane est confronté à 18 ans de détention. Ces deux hommes, soupçonnés d'être les chefs de la DZ Mafia, sont jugés à Aix-en-Provence pour un double meurtre survenu en 2019, avant même la formation de cette organisation criminelle marseillaise.
L'audience a permis aux avocates générales de retracer le parcours chaotique de ces deux amis d'enfance issus des quartiers nord de Marseille, d'anciens petits délinquants transformés en criminels notoires. Elles ont précisé : "Ce n'est pas le procès d'un clan criminel qui a semé la terreur à Marseille pendant ces dernières années, puisqu'il n'existait pas en 2019", en se référant à la DZ Mafia, qui s’est depuis taillé une place dans le paysage du narcotrafic.
Malgré les 49 homicides liés à des rivalités entre gangs à Marseille au cours de l'année 2023, et la montée en puissance de la DZ Mafia, le gouvernement demeure préoccupé par cette menace. L’accusation a souligné qu’il ne s'agissait pas d'un procès d'exception. Cependant, la mobilisation de plus de 200 policiers, parfois lourdement armés, ainsi que les incidents fréquents dans le tribunal, témoignent de la gravité de l'affaire.
- Calme revenu -
Après des scènes de chaos lors des audiences précédentes, le déroulement des réquisitions de dimanche a été marqué par une atmosphère plus calme. Comme pour Gabriel Ory, la réclusion à perpétuité a également été demandée pour deux présumés commanditaires, Karim Harrat et Walid Bara, ce dernier étant actuellement en fuite.
L'accusation a requis une peine de 30 ans de prison contre Zaineddine Ahamada, le tireur présumé, et son complice Adrien Faure, qui est accusé d'avoir facilité l'accès à la chambre des victimes. Quant à Amine Oualane, l’accusation souligne son rôle en tant qu’entremetteur depuis sa cellule, demandant 18 ans de réclusion avec une sûreté de deux tiers.
Face au déni général des six accusés, qui ont tous clamé leur innocence, l'accusation a passé plus de trois heures à établir leur culpabilité. Un passage choquant décrit comment, armés et coordonnées, les assaillants ont attaqué l'hôtel Formule 1 à Plan-de-Campagne, tirant sur des hommes endormis – un acte démontrant clairement une intention homicide.
- "Lever le voile" -
L'avocate générale a également souligné que ce procès révélait des donneurs d'ordres souvent invisibles dans des affaires similaires. Grâce à l’exploitation d’une messagerie cryptée, les enquêteurs ont pu retracer le parcours criminel qui a conduit à la mort, en août 2019, de Farid Tir et Mohamed Benjaghlouli, tous deux âgés de 29 ans.
Les échanges captés ont conduit à Karim Harrat, en exil à Dubaï à l'époque, et à Amine Oualane, qui a orchestré des liens entre Ory et l'une des victimes, Farid Tir, depuis sa cellule.
Se moquant des manœuvres défensives jugées dilatoires de la défense, l'avocate générale a évoqué un "antijeu" devenant habituel dans ce type de procès, accentuant la tempête émotionnelle qui a caractérisé les sessions.
Les avocats de la défense ont plaidé dans l’après-midi, et le verdict final est prévu pour demain.







