REPORTAGE. L’essor des enseignes à bas prix provoque une profonde mutation du centre-ville de Marseille. Ces commerces attirent un flot de clients, mais n'ont pas réellement redynamisé le tissu commercial de la ville.
Récemment, l'enseigne Action a ouvert ses portes au Centre Bourse, devenant le troisième distributeur de produits à bas coût après Lidl et Normal. Positionné au niveau zéro en face des anciennes Galeries Lafayette, l’accueil est chaotique. Les clients cherchent parmi une gamme vaste de produits, des cosmétiques aux articles de cuisine, dans une ambiance de désordre qui semble être le prix à payer pour des prix si attractifs. "C’est comme un bazar", lance une cliente, tandis que d'autres se bousculent pour dénicher les meilleures affaires.
Le centre commercial, auparavant synonyme de shopping haut de gamme, se transforme rapidement en un repaire de discounters. En bas de la Canebière, l’enseigne Hema attire également les foules, vendant de tout, des décorations aux articles de papeterie, à des prix défiant toute concurrence.
Prix cassés
Ce boom du discount, bien que profitable pour l’afflux de clients, ne beneficie pas aux commerces traditionnels. Une vendeuse d'Armand Thiery confie à Valeurs Actuelles : "Depuis qu'Action a ouvert, oui, il y a plus de monde, mais il n'y a pas nécessairement un transfert vers nos magasins. Ce n’est pas la même clientèle." De même, ses collègues de Nature et Découvertes observent une baisse incompréhensible, malgré la qualité de leurs offres.
Au-delà de l’attractivité initiale, la présence de ces enseignes low-cost fragilise les boutiques traditionnelles. La fermeture récente des Galeries Lafayette a accentué ce phénomène et, même si le maire de Marseille, Benoît Payan, a promis de revitaliser le centre-ville, les chiffres parlent d'eux-mêmes : le taux de vacance commerciale a atteint 20% fin 2025, contre 11% au niveau national.
La concurrence est rude pour les boutiques indéprendantes face à cette érosion du pouvoir d’achat. Une vendeuse de l’horlogerie résume le sentiment général : "Cela donne l'illusion d'un centre-ville vivant, mais en réalité, c'est une morne plaine". Les commerces low-cost sont perçus à la fois comme une solution temporaire et un signe de précarité durable.
Alors que des enseignes comme Kiko continuent de s’implanter, les petites boutiques reculent, et la dynamique commerciale du centre-ville s'en voit perturbée. La question demeure : jusqu'où cette transformation va-t-elle mener Marseille, la première ville française à en subir les conséquences ?







