Un détenu, accusé d'avoir fondé et animé le groupe Telegram « Balance ta Balance », fait face à trois ans de prison avec incarcération immédiate. Ce groupe, qui compte plus de 20 000 abonnés, a diffusé des informations personnelles de détenus, créant une onde de choc dans le milieu carcéral.
Inauguré en juin 2023 à la prison de Tarascon, le groupe a partagé pendant plus d'un an des données sensibles sur une centaine d'individus, notamment leurs adresses et extraits de dossiers judiciaires. Kevin M., le créateur, purge actuellement une peine de 14 ans pour enlèvement et vol aggravé, et a un casier judiciaire riche de 13 mentions.
« Les textes me font honte »
Le groupe portait un smiley représentant une balance et un drapeau pirate, déclarant se positionner comme « l'ennemi public n° 1 des balances ». « Je suis conscient que cela suscite la honte, mais c'est ce que ma communauté attendait », a expliqué M. au tribunal.
Parmi les contenus soumis à l'audience, une photo d'un homme sur une plage, accompagnée d'un texte exhortant à « faire le job », a été projetée. Le président de la cour, Guillaume Daieff, a questionné l'accusé sur le sens de cette expression. Kevin M. a défendu que c'était simplement pour attirer l'attention.
« On m’a balancé »
Son avocate, Me Sukeyna Elachguer, a insisté sur l'absence de preuves de violences provoquées par les publications de son client, plaidant pour une révision de sa peine. « Dans le milieu carcéral, l’honneur prime », a-t-elle souligné.
Une victime du groupe a témoigné par visioconférence, affirmant que la divulgation d'une conversation qu'il avait eue avec un policier représentait « le plus gros coup d'épée » reçu dans sa vie.
Le prévenu a également mentionné d'autres groupes similaires, tels que « Balance ton four », utilisant la notoriété de « Balance ta Balance » pour diffuser des annonces de dealers, transformant ces groupes en une sorte de publicité pour stupéfiants.
Décision le 19 mai
La procureure Flore Mevel a critiqué cette « justice privée » où les victimes ont été exposées à une vindicte populaire. Questionné sur la définition de « balance », Kevin M. a répondu : « C’est quelqu’un qui dénonce ses proches pour sauver sa peau. »
Il a ajouté : « Je suis ici parce qu’on m’a balancé. »
Cette affaire soulève des questions concernant la régulation des plateformes de messagerie comme Telegram, qui, hélas, ont tardé à répondre aux demandes d'aide de la justice avant de finalement coopérer en septembre 2024, suite à l'arrestation de son dirigeant.
La décision du tribunal sera connue le 19 mai.







