REPORTAGE. Édifié sous le règne de Saint Louis et sauvé de l'oubli aux temps modernes, le Collège des Bernardins, situé près de Notre-Dame de Paris, s'impose aujourd'hui comme un lieu où se croisent théologiens, esprits éclairés, dirigeants politiques et créateurs, tous en quête de vérité.
Le 12 septembre 2008, depuis la nef, le pape Benoît XVI s'adressait au monde culturel en déclarant : « Au milieu de la confusion de ces temps, les moines désiraient la chose la plus importante : trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. » Laurent Landete, le directeur général, souligne le défi qui s'offre à nous : « À une époque où certains souhaitent effacer le passé, nous choisissons de nous appuyer sur lui. » Suite à l’initiative du cardinal Lustiger en 2001, les Bernardins souhaitent créer une plateforme d'échanges entre l'Église et la société, enrichie par les Écritures saintes. « Chaque projet doit trouver sa référence dans les Écritures », affirme Jean-Baptiste de Franssu, président du conseil collégial.
Le dialogue entre l'Église et la société : quatre piliers fondateurs
Ce projet s'articule autour de quatre axes : la formation théologique, la recherche en étroite collaboration avec de grandes institutions telles que l'université Paris-Saclay ou la Sorbonne, le dialogue, et la promotion de l’émotion à travers la création artistique. Frédéric Bardoux, en charge des jeunes mécènes de la Fondation des Bernardins, précise : « Nous réfléchissons à la place de l'homme dans la société et aux grandes questions contemporaines. »
« Nous visons à échanger des idées et à confronter la sagesse aux défis d'aujourd'hui pour générer un nouvel espoir. »
Cette approche ne reste pas théorique. « Lorsque des responsables politiques, des chefs d’entreprise ou des journalistes visitent, nous cheminons avec eux, » dit Landete. L’objectif est de créer un dialogue vivant qui aborde la complexité des problèmes actuels. Les chercheurs collaborent avec des universitaires et théologiens pour créer des ponts entre des mondes souvent séparés. L’historien de l’environnement Gregory Quenet travaille ainsi avec les pères Olric de Gélis et Augustin Bourgue, tous deux docteurs en théologie.
Quand Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron arpentent la nef
La quête de vérité ne se limite pas aux échanges académiques. De nombreux responsables politiques ont été émus en prenant part à des discussions ici. « Ce que l’on vit habituellement est une langue de bois; ici, il s’agit d’un langage authentique, » commente le directeur général. Sous les voûtes, des personnalités disparates se rencontrent, comme le cardinal Vingt-Trois et François Chérèque de la CFDT. Emmanuel Macron y a donné un discours important lors de la Conférence des évêques de France, tandis que Nicolas Sarkozy a remis la Légion d’honneur à François Morinière.
« Les gens reconnaissent la rigueur intellectuelle de ce qui se fait ici. »
Les Bernardins cherchent à rayonneur au-delà de Paris, en visant un impact intellectuel tant en France qu’en Europe. La préparation artistique et intellectuelle attire des figures de premier plan comme Éric de Chassey ou Jean de Loisy. Des personnalités comme Laurent Alexandre et Étienne Klein ont également contribué à des conférences dans ce lieu au patrimoine riche.
Un héritage de Saint Louis pour la France contemporaine
La création du Collège des Bernardins remonte à l’époque de Saint Louis, Louis IX, qui voulait faire de Paris un centre spirituel et intellectuel. Établi en 1248, ce lieu avait pour mission de former des moines cisterciens en pleine effervescence culturelle.
« Ce manteau cistercien a façonné une civilisation riche, » rappelle Landete. Le choix de Paris n’était pas anodin : c’est Étienne de Lexington, un abbé visionnaire, qui décida de cette implantation au cœur du royaume de France pour créer un foyer d'apprentissage et de rayonnement. Au fil des siècles, le Collège a été un cadre de réflexion pour des générations de penseurs majeurs jusqu’à son interruption pendant la Révolution française.
Le rayonnement de Paris : une exigence intellectuelle et européenne
Le Collège, endommagé au XXe siècle, a été réhabilité pour servir à nouveau la communauté. Grâce à l'initiative du cardinal Lustiger, le lieu a été restauré pour devenir un espace de dialogue au cœur de Paris. « Nous allons aux Bernardins, parce que le sage fait du neuf avec de l’ancien, » affirmait-il.
La question de l'évangélisation demeure. Pour certains, ce n’est pas la priorité, et il est important d’accueillir divers points de vue, tout en portant la voix du Christ à travers la formation et le dialogue.
Peser dans la campagne présidentielle
Actuellement, le Collège des Bernardins souhaite étoffer son empreinte, portant un intérêt particulier sur des thèmes comme l'intelligence artificielle et le dialogue interreligieux. « Trop souvent, les partis détournent le discours interreligieux pour créer des divisions, » souligne Jean-Baptiste de Franssu. L’institution aspire également à influencer positivement la prochaine campagne présidentielle en promouvant un débat respectueux et exigeant dans l'espace public.
Le Collège s’étend aussi au-delà des murs de Paris, en lançant des projets comme “Bernardins hors les murs”. Un témoignage récent d'une visiteuse montre que l’impact spirituel est toujours présent : « Après une exposition, ma vie a changé. » Les prières des moines d'autrefois résonnent effectivement encore dans ce lieu chargé d'histoire.







