Le visage du crime organisé en France évolue. Selon le dernier rapport du Sirasco, le service d’information sur la criminalité organisée de la police judiciaire, les femmes semblent trouver leur place dans un milieu historiquement masculin. Ce changement fascinant est observé par de nombreux analystes.
D’après Annabelle Vandendriessche, commissaire divisionnaire, les réseaux criminels ont tiré parti des avantages que présente le recrutement de femmes. « Leur profil est moins souvent associé à des activités criminelles, ce qui réduit le risque d’interpellation », souligne-t-elle. Par ailleurs, le rapport indique que les femmes sont de plus en plus impliquées dans des rôles variés au sein de ces organisations, et pas seulement comme simples livreuses.
May Sarah Vogelhut, avocate à Paris, ajoute que certaines femmes occupant des postes dans ces réseaux ont des responsabilités qui dépassent celles traditionnellement assignées, comme garder la drogue ou vendre des stupéfiants. « On commence à voir des femmes gravir les échelons et occuper des rôles stratégiques dans le narcotrafic », déclare-t-elle.
Ce phénomène s'accélère notamment avec l'« ubérisation » du trafic de stupéfiants. Selon les experts, les jeunes femmes sont maintenant fréquemment aperçues dans les cellules de police, contrairement à il y a quelques années. « L’ère où seules les hommes étaient arrêtés semble révolue », souligne Vogelhut.
Des livreuses de plus en plus présentes
Les nouvelles recrues, souvent appelées « livreuses de coke », sont choisies pour leur apparence discrète. Elles sont transportées dans des véhicules compacts, ce qui les rend moins suspectes. « Une femme livreuse est souvent moins remarquée qu'un groupe de jeunes hommes », explique l'avocate.
La commissaire Vandendriessche note également que le changement vers un recrutement féminin est davantage une stratégie opportuniste qu'une quête d'égalité des genres dans le crime organisé. À mesure que les réseaux évoluent, des femmes prennent désormais place sur des terrains d’opération plus complexes.
Une montée en responsabilité
« Cela fait office de tremplin vers des fonctions plus élevées », précise la commissaire. Les femmes commencent à jouer des rôles significatifs dans des opérations délicates comme la gestion des livraisons de drogue, et même dans le repérage pour des actions violentes. « Collaborer en couple semble moins suspect que deux individus en noir », ajoute-t-elle.
En mars de cette année, une opération de grande envergure a mené à l’arrestation de 26 personnes, dont neuf femmes, dans un réseau criminel marseillais. Pour Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, cela montre une « féminisation du narcobanditisme » indéniable.
Une minorité face à une majorité masculine
Malgré cette évolution, la proportion de femmes impliquées dans le trafic de stupéfiants demeure modeste, représentant environ 10 % des interpellations selon le ministère de l’Intérieur. Les femmes semblent davantage actives dans les trafics d’amphétamines et d’opioïdes, tout en restant sous-représentées comparées à leurs homologues masculins.







