Le 30 mai 1996, les têtes de sept moines ont été retrouvées sur une route en Algérie. Trente ans après, les circonstances de leur assassinat demeurent floues, un dossier toujours en cours d'instruction en France et particulièrement délicat dans les relations entre Paris et Alger.
Françoise Boëgeat, nièce du frère Paul Favre-Miville, se rappelle le jour où elle a appris leur enlèvement : « J'ai entendu à la radio que les moines avaient été enlevés. J'ai tout de suite compris qu’il s’agissait de la communauté de Tibhirine. » Ce kidnapping s'est produit dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, alors que l'Algérie était en proie à une violente guerre civile. Les familles ont vécu une longue attente angoissante.
Des revendications troubles
La première revendication est parue un mois plus tard, signée par Djamel Zitouni, chef du GIA (Groupe islamique armé). Le 26 avril, le GIA affirme que les moines ont été exécutés le 21 mai, avant que leurs têtes ne soient découvertes quelques jours plus tard. Les familles, bien que désespérées, espèrent toujours connaître l'identité des véritables meurtriers. Alors que le GIA est désigné comme responsable par les autorités algériennes, des anciens membres de l'armée algérienne remettent en question cette version officielle, émettant des doutes sur l'implication des services secrets du pays.
En 2018, un rapport d'experts, qui a examiné des prélèvements de crânes rapportés à Paris, a renforcé les incertitudes. Les experts ont jugé « plausible » qu’ils ne soient pas morts à la date officielle et que des signes de « décapitation post-mortem » indiquent une possible mise en scène. Malgré tout, Françoise Boëgeat reste optimiste face à l'ouverture d'une éventuelle révision du dossier. « L’importance de maintenir l'instruction ouverte est cruciale pour recueillir d'éventuelles nouvelles preuves », déclare-t-elle.
Me Patrick Baudouin, avocat des familles, évoque l'impact de l'amélioration des relations entre la France et l'Algérie. « Chaque avancée de ce côté offre de petites chances d'évolution », dit-il. Après un entretien avec le juge d’instruction responsable, il espère la mise en œuvre d'une commission rogatoire internationale accordée en 2022, pour mener des auditions et des investigations supplémentaires sur le terrain. Le récit tragique des moines, immortalisé par le film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux (2010), continue de résonner auprès des familles et de la société.







