Les Calédoniens se sont rendus aux urnes ce dimanche pour des élections provinciales qui pourraient redéfinir les rapports de force politiques dans l’archipel. Ce scrutin a lieu après une période de tensions suite aux émeutes tragiques de mai 2024 et marque un tournant dans les discussions relatives à l’avenir institutionnel du territoire.
À 17H00 locales, une heure avant la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation s’élevait à 54,42 %, légèrement en baisse par rapport aux 58,49 % enregistrés en 2019, selon les informations diffusées par le haut-commissariat de la République.
Le scrutin s’est déroulé sereinement, avec peu d’attente observée dans les bureaux de vote, témoigne un journaliste de l'AFP. Plus de 2.400 membres des forces de l’ordre, dont 1.120 gendarmes mobiles, ont été déployés pour encadrer cet événement.
Cédric Ixeco, un Kanak de 43 ans, a souligné l'importance de ce moment : "Mes grands-parents se sont battus pour ce droit de vote. Je souhaite voir des changements dans notre quotidien."
Pour Barbara Meylan, une électrice de 53 ans, il est "primordial" que ce scrutin stabilise le pays et permette de trouver un terrain d’entente. Elle a exprimé ses attentes d’un renouveau politique.
Environ 192.500 électeurs étaient appelés à renouveler les assemblées des trois provinces, notamment celle du Sud, qui regroupe près de 75 % de la population et l’essentiel de l’activité économique de l’archipel.
Sonia Backès, présidente sortante, a mené une liste commune avec les deux principaux partis non-indépendantistes, mettant l’accent sur la nécessité d’obtenir une majorité au congrès pour la première fois. "Une victoire serait une occasion unique et historique," a affirmé le député Nicolas Metzdorf.
Les indépendantistes, de leur côté, cherchent à contrecarrer ce qu'ils qualifient de "grand chelem institutionnel" en transformant cette élection en un vote sanction contre la politique actuelle de Mme Backès. Christian Tein, président du FLNKS, a appelé à une mobilisation active de la population kanak.
Une nouvelle force politique, l’Éveil océanien, pourrait également jouer un rôle clé, adoptant une approche "ni-ni" qui pourrait séduire un public centristes.
Ce scrutin comprend trois élections distinctes, désignant des élus pour les provinces du Sud, du Nord et des îles Loyauté, et ces élus constitueront les 54 membres du congrès, l'unique instance autorisée à voter les lois locales.
Il est à noter que le corps électoral est gelé depuis 2007, ne permettant de voter qu'aux résidents établis avant 1998 et à leur descendance. Ce statu quo a été un point de crispation majeur, notamment suite aux émeutes de mai 2024 qui ont fait 14 morts et causé des pertes économiques colossales.
Avec l'intégration récente de 10.575 natifs initialement exclus du corps électoral, le total d'électeurs a considérablement augmenté, atteignant environ 192.500.
Néanmoins, des fractures au sein du camp indépendantiste, exacerbées par l'accord de Bougival de 2025, compliquent davantage le tableau. Certaines factions ont quitté le FLNKS, ajoutant à la complexité des alliances.
Ce vote représente un test avant la reprise des négociations institutionnelles promise par le Premier ministre Sébastien Lecornu en juillet, avec l'espoir d'aboutir à un accord d'ici la fin de l'année. Les positions demeurent cependant éloignées : le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, tandis que certains loyalistes estiment que les compromis nécessaires ont déjà été trouvés.







