Après quatre jours de négociations à Paris, les partis politiques de Nouvelle-Calédonie ont formalisé un accord le lundi dernier à l'Élysée. Cet accord institutionnel et économique vise à redynamiser le processus politique de l'archipel, qui piétine depuis le rejet de l'accord de Bougival par le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS).
Intitulé "accord Élysée-Oudinot", ce texte vient compléter celui signé en juillet 2025 à Bougival, lequel avait été rejeté par le FLNKS, principal représentant des aspirations indépendantistes. Ce dernier avait décidé de boycotter les discussions de ce week-end, exacerbant ainsi les tensions.
Le précédent accord de Bougival proposait la création d'un État calédonien, reconnu dans la Constitution française et doté d'une nationalité propre, tout en maintenant un lien avec Paris. Cette dualité n’a pas trouvé grâce aux yeux du FLNKS, qui a exprimé son mécontentement dès l'été 2025.
Avec le processus politique solidement enraciné dans l'incertitude, l'Union Nationale pour l'Indépendance (UNI), une autre force indépendantiste, avait conditionné son soutien à des éclaircissements concernant certains éléments de Bougival. C'est précisément ces préoccupations qui sont abordées dans le nouvel accord, élaboré après des négociations acharnées entre plusieurs délégations.
L'un des éléments clés de cet accord est la reconnaissance explicite de l'identité kanak, fondamentale pour les signataires. Parallèlement, un nouvel engagement est pris pour ouvrir une étape vers l'émergence d'une identité calédonienne, une initiative amorcée par les accords de Nouméa en 1998.
Un autre aspect significatif est l'exercice du droit à l'autodétermination. Les signataires affirment que chaque Calédonien devrait voir ses aspirations politiques reconnues, soutenant ainsi le droit à l'autodétermination pour l'archipel. Ce droit se manifesterait par la possibilité de transférer de manière organisée les compétences encore sous le contrôle de l'État.
Ce texte a aussi été signé au ministère des Outre-mer, rue Oudinot, où un volet important consacré au "refondement du pacte économique et social" a été discuté. Les signataires ont également convenu du soutien financier que l'État proposera à la Nouvelle-Calédonie.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a souligné que ces discussions n'avaient pas été une question de concessions, mais le résultat d'une volonté collective d’harmoniser des aspirations souvent divergentes. Elle a affirmé que la porte reste ouverte pour le FLNKS, soulignant l'importance de son inclusion dans tout processus politique futur.
De son côté, le député loyaliste Nicolas Metzdorf (Renaissance) s'est exprimé de manière positives concernant cet accord. Cependant, il a averti que le chemin reste semé d'embûches, avec un calendrier parlementaire délicat. Les signataires espèrent une adoption rapide du projet de loi constitutionnelle au Sénat en février et à l'Assemblée nationale entre mars et avril. Néanmoins, des oppositions se font déjà entendre, notamment de la part des sénateurs socialistes et du Rassemblement national.
Le processus inclut également une consultation des Calédoniens prévue pour juin-juillet, suivie par l'adoption d'une loi organique entre septembre et novembre. Les élections provinciales, déjà reportées à plusieurs reprises, devraient avoir lieu d'ici le 31 décembre 2026.
La réforme du corps électoral, instaurée lors des accords de Nouméa, constitue un point névralgique de la discorde. Cette réforme, tant souhaitée par les non-indépendantistes et redoutée par les indépendantistes, pourrait signifier une dilution des voix kanak, un sujet épineux qui avait conduit aux émeutes tragiques de mai 2024, causant des pertes humaines et des dégâts colossaux. Ces événements rappellent les fragilités d’un territoire en quête de stabilité.
En somme, bien que cet accord représente une avancée significative, les défis politiques et sociaux auxquels la Nouvelle-Calédonie fait face demeurent complexes et multidimensionnels.







