«Bonjour, derniers jours avant les élections ! » Ce mercredi 11 mars, malgré la pluie, les partisans de Julien Chambon, le maire sortant de Houilles (LREM) en quête de réélection, sont présents sur le marché, émettant un message d'enthousiasme. Lancer leur campagne municipale en septembre 2025 a impliqué un déploiement actif de tracts pour informer les habitants des différentes propositions des candidats. «Intense», terme choisi par Martine Bellet-Brehaut pour décrire ces moments d’échange dans la commune, souligne l’importance de la discussion avec les résidents, contrairement aux interactions plus rapides à la gare.
La distribution de tracts est perçue comme un «rituel», comme l'indique le politologue Dominique Andolfatto. À travers cette pratique, les candidats ne se contentent pas de convaincre, ils incitent aussi les électeurs à voter. Leurs présences physiques dans l’espace public renforcent la conscience citoyenne et l’importance du scrutin imminent.
Le contact direct avec les candidats offre un cadre privilégié pour discuter en profondeur des programmes. «Regarder une vidéo, ce n’est pas la même chose que de se rencontrer», note Julien Chambon, rappelant la valeur de la présence sur le terrain. De son côté, Romain Bertrand, candidat sans étiquette, insiste également sur l’utilité du tractage pour établir des connexions, même après l'élection, en recevant des appels suite à la distribution de tracts.
Cela dit, cette pratique ancestrale doit désormais se confronter aux plateformes numériques. En effet, une étude de l’ARCOM révèle qu’environ 40 % des Français s’informent quotidiennement via les réseaux sociaux. Pour Andolfatto, le tractage représente «une forme de réseau social vivant», et les tracts peuvent se compléter avec des stratégies en ligne. Grégoire, engagé aux côtés de Chambon, souligne la complémentarité des deux méthodes : «Le tractage permet de discuter des préoccupations de quartier, et le numérique, par contre, fournit une vision plus large.»
Les réseaux sociaux facilitent également l'engagement, comme le témoigne Chambon : «Un échange en ligne qui débouche sur une rencontre réelle enrichit les relations.» Cependant, l’éducation des électeurs passe parfois par un simple tract, encourageant certains à approfondir leurs recherches en ligne, d’après Laure De la Taste, une passante.
Néanmoins, la portée des instruments numériques reste difficile à égaler. Dans une ville de 34 000 âmes, il est impossible d’interagir avec tous. «Tout le monde n’est pas présent au même endroit», reconnait le maire. Alors que les réseaux peuvent attirer l’attention avec des contenus variés, les débats en personne demeurent plus enrichissants, incitant les gens à s'exprimer plus sérieusement.
Au marché de Houilles, beaucoup d’habitants acceptent les tracts, généralement en vertu d’un choix déjà arrêté. «Je prends par courtoisie, mais je sais déjà pour qui je voterai !», confie Martine Busin. De même pour Laure, qui recueille les tracts pour raison d’égalité, sans changer sa décision. Pour Romain Bertrand, l’échange direct est tout aussi crucial : «Les interactions qu’on a peuvent influencer l’opinion des gens.»
Grégoire demeure confiant dans la pérennité du tractage. Selon lui, «Il n’y aura jamais de fin au tractage parce que le contact humain est irremplaçable dans une campagne.» Toutefois, les sceptiques, comme Nicolas Rodrigues, craignent que l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle ne remplace ce format classique. Romain Bertrand, amusé, souligne que même si le papier est apprécié aujourd'hui, «peut-être qu’un jour les tracts seront envoyés via AirDrop de téléphone à téléphone.» Cette adaptation semble inévitable, comme l'explique Andolfatto : «Le tractage évolue, nous parlons désormais de flyers.» C’est une transformation de la manière dont l'information est communiquée lors des campagnes électorales.







