La problématique de la pédocriminalité demeure omniprésente au sein de l'Église, comme l'a souligné lundi l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), dont le mandat arrive à terme en août. Les évêques français se réunissent à Lourdes cette semaine, un moment crucial pour discuter de ces questions sensibles.
À la fin de l'année 2025, 1.789 individus avaient soumis une demande auprès de l'Inirr, dont 270 en 2025, témoignant ainsi de l'importance et de l'urgence de la situation. Contrairement à une espérance de diminution, l'organisme a observé une augmentation de 35 % de ses activités l'année dernière, intensifiée par les révélations de cas de violences sexuelles dans le cadre de l'enseignement catholique.
Des révélations récents, comme celles concernant Notre-Dame de Bétharram et les établissements catholiques lasalliens, ont ravivé les souvenirs douloureux des victimes. Ce phénomène rappelle les précédents historiques où la médiatisation de cas comme celui de l'abbé Pierre a incité d'autres victimes à s'exprimer.
En quatre années de mission, l'Inirr a délivré des réponses à 1.611 personnes, offrant un accompagnement à 1.225 d'entre elles. Les compensations financières ont atteint une moyenne de 36.739 euros l'an dernier, se situant dans les normes des années précédentes, bien que le plafond puisse aller jusqu'à 60.000 euros.
Les données révèlent que 33 % des victimes sont des femmes, et que 49 % d'entre elles étaient âgées de 11 à 15 ans lors des faits. Fait alarmant, 4 % des victimes étaient âgées de moins de six ans. Par ailleurs, l'âge moyen des victimes qui saisissent l'instance a diminué, passant de 64 ans en 2022 à 56 ans en 2023, indiquant un changement dans les dynamiques de témoignage.
L'Inirr, fondée en réaction aux révélations sur les abus sexuels dans l'Église, avait initialement été conçue pour une durée de trois ans, mais son mandat a été prolongé. Quel sera son futur? À l'heure actuelle, la question reste sans réponse, alors que les évêques planifient de débattre du "dispositif mineurs" en place.
Marie Derain de Vaucresson, présidente de l'Inirr, insiste sur la nécessité d'une instance indépendante : « Aujourd'hui encore, l'existence d'une instance indépendante demeure une nécessité. » Les victimes continuent d'évoquer leurs traumatismes, parfois des années après les faits, soulignant ainsi le besoin d'une réponse durable par le biais d'une structure réfléchie et autonome. Le président des évêques, Jean-Marc Aveline, a exprimé son souhait de transformer l'Inirr en une institution pérenne, bien que peu de détails aient été fournis.
Les collectifs de victimes restent sur leurs gardes à ce sujet. Brigitte Navail du collectif Foi et résilience affirme : "Il est impératif que cette structure soit complètement indépendante. C'est un principe non négociable." Elle pousse l'Église à continuer d'impliquer les victimes dans le processus de réparation.
Lors de leur assemblée plénière, les évêques devront également aborder le dispositif relatif aux adultes victimes de violences sexuelles, thème déjà traité mais qui n'a pas répondu aux attentes des collectifs. La Conférence des évêques de France a précédemment opté pour un "processus" d'écoute et d'accompagnement au niveau des diocèses.
Un autre sujet à l'ordre du jour porte sur le nombre croissant de catéchumènes, dont les chiffres sont généralement révélés à l'approche de Pâques. Enfin, les évêques commémoreront le 30e anniversaire des 19 "bienheureux martyrs" d'Algérie, un rappel poignant des victimes de la violence durant la guerre civile (1992-2002), dont les sept moines de Tibhirine assassinés en 1996.







