Le phénomène des fraudes aux faux conseillers bancaires touche un public de plus en plus large. Des entrepreneurs aux retraités, en passant par les étudiants, aucune catégorie sociale n'est épargnée par ces arnaques aux méthodes de plus en plus raffinées.
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Marie Nouaille raconte comment l'escroquerie a commencé par un SMS prétendument de sa banque, lui signifiant un paiement suspect : "Un paiement de 819 euros est en cours depuis votre compte. Si vous n'êtes pas à l'origine de cette opération, contactez immédiatement le centre d'opposition." Son inquiétude la pousse à appeler le numéro fourni. De l'autre côté, un homme, se présentant comme un conseiller bancaire, lui glisse des informations personnelles déjà en sa possession. Au cours d'une conversation d'une heure et demie, le faux conseiller lui demande d'envoyer ses codes d'accès afin de soi-disant stopper les transactions frauduleuses qu’il a lui-même inventées. "Ce qui est particulièrement pervers, c'est que vous avez l'impression d'être accompagné par un conseiller, avec un discours très bien rodé. Cela crée une confiance qui fait que vous ne vous méfiez plus de rien," souligne Marie, victime de cette fraude.
Le faux conseiller pousse Marie à détruire sa carte bancaire afin de la rendre inactive, et un coursier se présente chez elle pour la récupérer. Bien que les escrocs échouent dans leurs tentatives d'achats à hauteur de 11 000 euros, ils réussissent néanmoins à siphonner 6 000 euros de son compte, fonds que la banque refuse de rembourser. "Si les débits proviennent de vos fautes, notamment si vous avez fourni votre code, vous êtes à blâmer, donc pas de remboursement," se désole-t-elle.
Une brigade spécialisée face au phénomène
À la police judiciaire de Paris, une unité d'élite mène l'enquête sur ce fléau des faux conseillers. Au cours des trois dernières années, ces arnaques ont bondi en fréquence. Les escrocs ne se contentent parfois pas de vider les comptes de leurs victimes : ils les dépouillent entièrement. "Le faux conseiller peut évoquer un risque de cambriolage pour justifier l'envoi d'un coursier, qui récupère ainsi tous vos biens de valeur : œuvres d'art, bijoux, espèces," explique Vincent Kozierow, commissaire divisionnaire à la brigade des fraudes au moyen de paiement.
Comment se déroulent ces arnaques ? Souvent, des hackers infiltrent les serveurs bancaires pour récupérer les données personnelles des clients qu'ils revendent ensuite à des escrocs. Ces derniers utilisent des logiciels pour usurper les numéros de téléphone des banques. Sur le dark web, il est facile de croiser des demandes telles que : "Qui peut me fournir des bases de données avec IBAN et BIC ?"
Qui se cache derrière ces arnaques ?
Thibaut Martinez Delcayroux, journaliste ayant lui-même été escroqué, a mené une enquête sur l'identité des fraudeurs. "Aujourd'hui, les arnaqueurs viennent de tous horizons : des narcotrafiquants cherchant à diversifier leurs activités aux étudiants en quête d'un revenu rapide. Des formations accessibles sur le dark web permettent à quiconque de se former aux techniques d'un vrai conseiller," affirme-t-il, ajoutant qu'il existe en France aussi bien des réseaux criminels bien organisés que des petites équipes utilisant des méthodes artisanales. En janvier, un faux conseiller a écopé de trois ans de prison pour avoir volé 100 000 euros et un jeune homme de 19 ans a reçu une peine de bracelet électronique après avoir été entraîné dans cette spirale par ses fréquentations.
Qui sont les victimes ?
Les victimes, quant à elles, sont de plus en plus nombreuses. Leur profil est extrêmement varié, incluant même des personnalités publiques comme Dominique Strauss-Kahn et Jean-Louis Bruguière. Dans un cabinet d'avocats, les affaires liées aux faux conseillers constituent un tiers de leur charge de travail. "L'idée que seules les personnes âgées sont touchées est incorrecte. Nous avons affaire à des jeunes actifs, des étudiants, tous types de profils peuvent se faire berner en raison de la sophistication sans précédent des arnaques," précise Me Alexandre Dakos, avocat spécialisé.
Les travailleurs des banques
Du côté des banques, la sensibilisation s'intensifie pour aider à prévenir ces fraudes. Les banques mettent en place des systèmes de sécurité de pointe, comme la double validation pour chaque transaction. Toutefois, des employés sont parfois corrompus et abandonnent des données personnelles. La réactivité face à de tels comportements est sévère : "Il s'agit souvent de personnes tentées par un gain facile. Nous avons des mécanismes de contrôle minutieux, et toute activité suspecte est rapidement détectée et sanctionnée," explique Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française.
En 2024, la manipulation frauduleuse a engendré une perte de 382 millions d'euros en France. Rappelons qu'un vrai conseiller ne demandera jamais vos informations personnelles ou vos codes par téléphone.







