Des couloirs aseptisés et une sécurité à toute épreuve, tel est le quotidien du data center de Telehouse à Magny-les-Hameaux, une installation qui, malgré sa proximité avec Paris, se présente comme une véritable forteresse numérique. Située sur une friche militaire, cette infrastructure ne laisse croiser que quelques techniciens.
Cette situation illustre parfaitement le paradoxe des data centers en Île-de-France : bien qu'ils occupent une grande part de l'espace et consomment d'énormes quantités d'électricité, les emplois qu'ils génèrent demeurent insuffisants. L'Institut Paris Region souligne que la région abrite plus de 160 data centers, représentant plus de 70 % des infrastructures françaises.
Les élus locaux expriment des inquiétudes à ce sujet. Pierre-Louis Brière, le maire (DVD) de Magny-les-Hameaux, pointe du doigt le manque d'opportunités d'emploi, affirmant que ces installations n'offrent qu'une maigre contribution au marché de l'emploi local. Selon lui, la situation devient particulièrement préoccupante lorsque l'on considère que ces centres numériques remplacent des industries autrefois florissantes.
Jean-Marie Baty, président de l'association écologiste MNLE 93, compare la situation à celle de l'ancienne usine Eurocopter, qui comptait 700 employés avant de laisser place à un data center ne générant que 36 postes.
- Des promesses déraisonnables -
Le sociologue Loup Cellard, qui analyse ces infrastructures depuis 2021, fait un constat similaire. Selon lui, une zone de logistique peut générer entre 300 et 400 emplois comparée à seulement 15 ou 20 pour un data center de taille équivalente. Il note que pour chaque tranche de 24 millions d'euros investis, on ne compte souvent qu'un emploi.
Cette situation soulève des questions au Parlement. David Ros, sénateur (PS) de l'Essonne, dénonce les promesses non tenues des opérateurs, affirmant que seulement 500 des 1.600 emplois annoncés par les promoteurs en Seine-Saint-Denis ont vu le jour. Même s'il admet que la majorité de ces postes sont des CDI, cela reste insuffisant face aux attentes initiales.
Les divergences de ratios entre les études sont également troublantes. Philippe Schmit, ancien président de l'Autorité environnementale francilienne, explique que les mesures varient grandement en fonction des éléments pris en compte. Il souligne que la prise en compte de l'emprise totale au sol, incluant parkings et infrastructures, peut réduire le ratio d'emplois à un par 10.000 mètres carrés.
Malgré leur image de progrès, ces data centers, parfois qualifiés de « campus » dans un effort de communication, restent souvent des lieux avec peu de personnel fixe.
- Une qualité d'emploi discutée -
Les représentants de l'industrie défendent leur modèle. Sami Slim, directeur général de Telehouse, admet qu'il emploie moins de personnes qu'un entrepôt logistique, mais il met en avant la qualité des postes offerts, qui sont selon lui durables et locaux. Il évoque 300 emplois en tout, dont une soixantaine en CDI.
Florian du Boÿs, fondateur de l'association Les Plombiers du numérique à Nanterre, rappelle qu'un data center génère des emplois indirects, même si ceux-ci ne sont pas toujours visibles au premier abord. Des jeunes sans diplôme trouvent ici des opportunités, comme Mazir, qui, grâce à une formation, a pu décrocher un CDI rapidement.
À l'échelle nationale, le secteur compterait environ 50.000 emplois directs et indirects à partir de 300 centres, selon un rapport sénatorial de février dernier.
Enfin, les data centers, jadis considérés comme de simples « entrepôts », commencent à bénéficier de requalifications fiscales, ce qui accroît leur valeur et, par conséquent, la taxe foncière, source de revenus pour les municipalités.







