À l'échelle de l'Union européenne, comme en France, les acteurs du secteur de la santé plaident en faveur d'un investissement accru dans les traitements innovants. Ils promettent des retombées économiques notables dans d'autres domaines. Par exemple, la fédération européenne des industries pharmaceutiques (Efpia) a récemment donné à entendre qu'un euro investi en médicaments innovants pourrait rapporter 5,67 euros à l'Europe, un gain net de 467% selon leur étude.
Le Leem, représentant principal des laboratoires en France, met en garde contre l'augmentation des délais pour accéder à des traitements récents, qui s'établissent à 520 jours en moyenne en France, contre seulement 56 jours en Allemagne.
Un budget des médicaments sous pression
Le budget de l'Assurance maladie en matière de médicaments innovants a considérablement augmenté. En 2024, elle a engagé 10,7 milliards d'euros pour des traitements fortement améliorés, un bond par rapport aux 8 milliards en 2017. Néanmoins, ces traitements ne représentent que 31 % des remboursements, soit une avancée modeste par rapport à 2017 où ils en représentaient 28 %.
Des anticancéreux aux prix stratosphériques
Malgré tout, des voix s'élèvent contre les prix jugés excessifs de ces traitements. Alain Fischer, ancien responsable des vaccinations au gouvernement, a qualifié les coûts de "prix exorbitants", favorisant une "médecine de riches". Certains traitements, comme le Keytruda, atteignent 70.000 euros par patient, touchant environ 90.000 malades en France. L'association de consommateurs Que Choisir a critiqué la transparence des prix, notant que les remises entre l’État et les industriels restent souvent confidentielles.
Les remboursements pour le Keytruda ont atteint 2,1 milliards d'euros en 2024, en faisant le médicament le plus coûteux pour la Sécu.
Des coûts à relativiser
Bien que ces sommes soient impressionnantes, il est essentiel de considérer que ces traitements ont été mis à disposition suite à une procédure d'accès précoce pour des patients dont l'état était critique. En attendant, ces médicaments n'ont pas encore d'alternatives thérapeutiques adéquates, et leur coût ne diminue pas significativement en raison de l'absence de génériques.
Clarisse Lhoste, présidente de MSD France, a souligné que les négociations tarifaires sont rigoureusement encadrées et que les bénéfices économiques des médicaments innovants doivent également être pris en compte. En effet, une étude de MSD a révélé qu'entre 2014 et 2023, les traitements innovants ont contribué à réduire de 1 milliard d'euros les pertes de productivité causées par quatre types de cancers.
À travers ce prisme, les pertes de productivité causées par ces cancers ont diminué de 2,5 milliards d'euros en 2023, par rapport à 3,5 milliards en 2014. Cela illustre comment, même si le coût des traitements est élevé, leur impact positif sur la vie économique et la santé des patients pourrait justifier ces investissements.







