Face à une sécheresse sans précédent, les parlementaires français se réunissent pour tenter de s'accorder sur le projet controversé de loi d'urgence agricole, qui comprend des mesures sur la gestion de l'eau et les pesticides.
Une commission mixte paritaire (CMP) se tiendra jeudi à 09H00 au Sénat, réunissant quatorze députés et sénateurs pour examiner ce texte, suite à la montée de la colère des agriculteurs durant l'hiver dernier. Ce projet, d'abord limité à 23 articles, a vu son nombre d'articles grimper à environ 80, après une révision significative par la droite sénatoriale. Cette dernière cherche à alléger les contraintes pesant sur les agriculteurs, ce qui a suscité des inquiétudes au sein du gouvernement.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a critiqué l'inclusion de mesures qu'elle juge susceptibles de compromettre la gestion de l'eau, surtout en temps de sécheresse. Le Sénat a déjà réduit certaines protections environnementales, modifié la supervision des agences de l'eau et assoupli les définitions des "zones humides", tout en votant pour doubler la capacité de stockage d'eau à usage agricole d'ici 2035.
En outre, une mesure contestée renoue avec la loi "Duplomb", permettant la réintroduction de deux pesticides, l'acétamipride et le flupyradifurone, pour des filières jugées en danger.
L'issue de la CMP reste incertaine, tant les divergences sont profondes. Le défi consiste à élaborer un texte consensuel qui puisse réunir une majorité lors du vote à l'Assemblée nationale prévu lundi. La gauche est vent debout contre le texte, tandis que le Rassemblement national est davantage en phase avec les stratégies du Sénat, laissant le bloc central pléthorique sur des questions écologiques.
Le MoDem a affiché sa volonté d'agir, affirmant qu'il ne votera pas à tout prix pour un texte qui ne leur convient pas. La porte-parole du groupe, Perrine Goulet, a prévenu qu'ils n'hésiteraient pas à revenir sur le texte lors d'une nouvelle lecture si besoin.
Des personnalités politiques précédemment chargées de l'Agriculture, tels Stéphane Travert et Agnès Pannier-Runacher, ont également exprimé leurs réserves dans une tribune au Figaro, qualifiant la vision sénatoriale de "simpliste". En réaction, le rapporteur Les Républicains de l'Assemblée, Julien Dive, a rappelé que critiquer les sénateurs n'aiderait pas à la résolution de la CMP.
Bien que certaines sources sénatoriales soient ouvertes à des compromis, elles craignent que le gouvernement ne tente de supprimer certaines mesures lors de l'ultime vote, ce qui a conduit ces sénateurs à qualifier cette manœuvre de "déloyale" vis-à-vis du travail parlementaire. De son côté, la gauche, en position minoritaire au sein de la CMP, s'opposera vigoureusement à ce texte. La députée LFI, Aurélie Trouvé, espère l'échec de cette conciliation, qualifiant cette loi de "criminelle pour nos enfants", tandis que l'écologiste Marie Pochon a dénoncé "une destruction méthodique du droit de l'environnement" lors d'une conférence de presse.







