Le récent accord commercial signé entre l'Inde et les États-Unis a provoqué un vif émoi parmi les agriculteurs, inquiets de voir leur gouvernement céder face à une concurrence jugée déloyale. L'accord, connu pour ses longues négociations, a été annoncé par Donald Trump sur les réseaux sociaux.
La structure de cet accord a été rendue officielle par une déclaration conjointe ce week-end. En contrepartie de la réduction des droits de douane américains à 18 %, New Delhi a accepté d'éliminer ou de diminuer ses taxes sur divers produits agricoles et industriels américains.
Le texte stipule également que l'Inde s'engage à acheter pour 500 milliards de dollars de biens américains dans les cinq prochaines années. Selon l'AFP, l'accord ne mentionne cependant pas la réduction des achats de pétrole russe, une demande récurrente de la Maison Blanche.
Un marché de 30 000 milliards de dollars pour les exportateurs indiens
Dans un pays où le protectionnisme est omniprésent, l'annonce de la baisse des droits de douane a créé un véritable choc dans le secteur agricole, qui compte plus de 700 millions de travailleurs. Le Premier ministre Narendra Modi a qualifié cet accord d'opportunité de promouvoir un marché évalué à 30 000 milliards de dollars.
Il a souligné que l'accord vise à protéger les intérêts des agriculteurs, mais plusieurs organisations agricoles dénoncent déjà une menace d'importations massives de produits à bas prix.
La crainte se matérialise particulièrement autour des produits comme les pommes, dont la forte concurrence pourrait compromettre la production locale. Le Samyut Kisan Morcha (SKM) a déjà appelé à une journée de manifestation pour exprimer son mécontentement.
80 % des agriculteurs indiens possèdent moins de 2 hectares
Bien que l'agriculture ne contribue que pour 16 % au PIB indien, elle reste la principale source de subsistance pour presque la moitié de la population. En effet, une majorité des agriculteurs possède de petites exploitations, avec 80 % d'entre eux gérant moins de 2 hectares.
Selon Siraj Hussain, ancien responsable au ministère de l'Agriculture, les exploitations indiennes souffrent cruellement face à l'agriculture américaine, qui bénéficie de subventions importantes.
Inquiétudes sur la concurrence des fruits et des grains
Le SKM a également mis en lumière l'impact potentiel des réductions de droits de douane sur les grains utilisés pour les aliments pour animaux, qui pourraient concurrencer le soja indien. Le député de l'opposition, Jairam Ramesh, a souligné les dangers que cette situation ferait peser sur des millions de producteurs de soja.
Dans un contexte où les importations américaines connaissent une forte hausse - 34 % entre janvier et novembre 2025 - les inquiétudes grandissent parmi les acteurs du secteur. Les droits de douane pour certains produits comme le coton ou l'huile de soja ont déjà été abaissés, et les analystes s'interrogent sur l'avenir de la production agricole indienne face à la prolifération de marchandises américaines.
Enfin, le ministre Piyush Goyal a toutefois assuré que l'accord ne toucherait pas les secteurs sensibles tels que les céréales et les produits laitiers, mais le mécontentement persiste.







