CHRONIQUE. À travers l'exemple de deux villes américaines emblématiques, l'économiste Sébastien Laye illustre la nécessité d'une décentralisation bien comprise, où les décisions s'effectuent localement, s'adaptant ainsi aux réalités spécifiques des différents territoires.
Le proverbe dit que "le malheur des uns fait le bonheur des autres". La situation économique actuelle aux États-Unis, marquée par l'essor du travail hybride et des tensions budgétaires locales, démontre cette assertion de manière presque expérimentale. Seattle et Dallas suivent des trajectoires distinctes, mettant en lumière deux conceptions différentes du rôle de l'État. Dans son essai pour la Fondapol, Robin Rivaton affirme que l'efficacité des actions publiques réside souvent au niveau local. Ce mécanisme, loin d'être une idée néolibérale, favorise la transparence des choix politiques et permet aux citoyens de "voter avec leurs pieds". En d'autres termes, si les Américains décident de déménager d'un État à un autre, c'est parce qu'ils cherchent un cadre de vie qui leur convienne. L'expérience personnelle de Rivaton, Franco-Américain ayant quitté New York pour la Floride, illustre ce phénomène.
Comparaison décentralisée : moteur d'efficacité
Ce concept fait écho aux travaux de Charles Tiebout, qui, dès 1956, a mis en exergue que les ménages et les entreprises utilisent leur mobilité pour choisir leur juridiction en fonction des services publics offerts et des niveaux d'imposition. Ces adaptations sont aujourd'hui visibles dans les grandes agglomérations américaines. Les différences fiscales, réglementaires et éducatives entre des zones géographiques peuvent motiver un changement de résidence, ce qui influence directement la prospérité économique des métropoles.
Seattle se trouve aujourd'hui à un carrefour critique. Autrefois un phare d'innovation, la ville subit une série de pressions : la montée du télétravail s’accompagne de défis concernant la sécurité publique et la qualité des services. Des analystes, comme Edward Glaeser, soulignent que la densité de la ville, si elle engendre des externalités positives, peut également augmenter les frictions lorsqu'elle devient trop lourde à gérer.
Des signes inquiétants pour Seattle
Les récents rapports indiquent que Seattle fait face à un taux de vacance de bureaux de 26,6 %, le plus élevé des grandes métropoles américaines. Dans certaines zones, comme le centre-ville, ce chiffre atteint même 35 %. Au lieu de juguler cette crise, la nouvelle maire Katie Wilson suggère une approche punitive par l'imposition d'une taxe sur les biens vacants, tout en augmentant la fiscalité sur les hautesThe aim is to enhance municipal budget revenues. Cependant, comme l'indiquent les économistes, une telle stratégie pourrait avoir des conséquences néfastes, conduisant à une contraction de la base fiscale.
À l'opposé, Dallas adopte une stratégie proactive. En réaction à la perte d'Amazon en 2018 à Seattle, la ville a choisi d'investir dans le capital humain plutôt que d’offrir davantage d'incitations fiscales. Grâce au district scolaire de Dallas, qui a mis en place un réseau de 25 campus P-TECH, les étudiants peuvent acquérir un diplôme universitaire tout en terminant leur lycée, les préparant ainsi à entrer sur le marché du travail de manière compétente et efficace.
Solutions durables face aux crises économiques
Cette initiative de Dallas illustre une réponse plus durable aux défis économiques. Tandis que des villes comme Seattle s'attaquent aux symptômes par des taxes, Dallas mise sur le long terme en renforçant la compétence de sa main-d'œuvre. Ce contraste illustre bien comment les décisions politiques, orientées vers l'investissement dans l'humain, peuvent créer un écosystème plus résilient face aux défis économiques.
En somme, la dynamique entre Seattle et Dallas ne se réduit pas à une simple lutte entre idéologies politiques ; elle révèle comment la qualité des politiques publiques et la capacité d'adaptation à des réalités changeantes sont essentielles pour la prospérité des villes. La leçon à retenir, aussi pour la France, est que la décentralisation doit impliquer une responsabilisation des acteurs locaux, seule capable d'attirer et de retenir les citoyens talentueux.







