Harcèlement moral au sein de l'Afiph : deux ex-cadres face à la justice

Des témoignages inquiétants lors du procès d'anciens responsables de l'Afiph à Bourgoin-Jallieu.
Harcèlement moral au sein de l'Afiph : deux ex-cadres face à la justice
Tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu - illustration © Radio France - Antoine Balandra

Deux anciens responsables du foyer Nord-Isère de l'Afiph, une association engagée dans l'accompagnement des personnes en situation de handicap, ont été jugés ce mardi à Bourgoin-Jallieu pour des faits de harcèlement moral. Les événements incriminés se seraient déroulés entre 2017 et 2020 dans l'antenne de La Tour du Pin.

Lors de l'audience, le procureur a requis des peines de prison avec sursis, allant de six à huit mois, à l'encontre des deux prévenus, âgés de 57 et 60 ans. Ils sont accusés d’avoir exercé un management toxique sur leurs collègues, alimenté par des commentaires dévalorisants, des remarques inappropriées, une surcharge de travail et des menaces de sanctions. Un troisième individu, l'ancien directeur général de l'Afiph, âgé de 66 ans, est également poursuivi pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires afin de stopper cette atmosphère délétère.

Lors de son témoignage, l’inspectrice du travail a qualifié cette affaire de "dossier le plus important" qu'elle ait eu à traiter pour harcèlement moral, dénonçant l’inertie de l’employeur face à des situations critiques. Selon ses déclarations à Le Monde, "un dossier affligeant par sa durée et le manque de réaction de l'entité en question".

Crises émotionnelles et malaise au travail

Les plaintes énoncent également des crises de colère répétées de la part des directeurs, causant des réactions alarmantes chez les membres du personnel qui se retrouvaient parfois "en état de sidération" ou "en larmes". L'un des accusés a admis avoir perdu son calme à plusieurs reprises, se défendant néanmoins en arguant une nécessité de changement face à une résistance indéniable.

Le président du tribunal a cherché des preuves tangibles du harcèlement, citant la flambée des arrêts de travail. Alors qu'il y avait environ 1100 arrêts maladie en 2017, ce chiffre est monté à près de 3000 en 2019, un fait que l'ex-directeur attribue à une défaillance organisationnelle générale au sein de l'association. Son ex-adjoint s'est, quant à lui, justifié par un management qu'il qualifie de "fort et autoritaire", ce qui ne correspondait pas à sa vision de la direction.

Des conséquences durables pour les victimes

L'avocat de cinq parties civiles, maître Pierre Janot, a exprimé sa frustration face aux tentatives des prévenus de dénier leur responsabilité. "La coïncidence entre l'arrivée de ces responsables et l'augmentation des arrêts de travail est frappante. Ces employés, mettant souvent des décennies au sein de l'association, subissent un traumatisme lourd qui dépasse ce que l'on peut observer habituellement dans ce type de cas de harcèlement", a-t-il souligné. Cette situation illustre une problématique mise en évidence par l'inspectrice du travail, mettant en question les pratiques au sein d'une institution qui, par essence, se veut protectrice des personnes vulnérables.

En conclusion, le procureur a sollicité des peines de sept à huit mois de prison avec sursis pour les deux ex-cadres, et sanctionné l'ancien directeur général d'une amende de 4000 euros dont 3000 avec sursis. L'Afiph, qui emploie désormais 2300 personnes à travers 88 établissements, a également été partie civile au procès. La décision sera rendue le 23 juin prochain.

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