La section Force Ouvrière du CHU de Bordeaux est au cœur d'un conflit qui pourrait bien avoir des répercussions judiciaires majeures. Pascal Gaubert, le secrétaire, et Fabrice Dumas, le trésorier, ont été destitués de leurs fonctions, accusés de nombreuses irrégularités qui menaceraient les fondements mêmes du syndicalisme.
Tout a commencé cette année lorsque Stéphanie, membre du bureau, a pris connaissance d'un congrès fédéral imminent. « J'ai voulu y participer, mais les deux responsables m'ont sèchement refusé », confie-t-elle. Les tensions ont grimpé en flèche. Selon Stéphanie, une convocation de Fabrice Dumas a débouché sur une altercation verbale, suivie par des menaces physiques, un événement qui l'a profondément affectée et l'a poussée à se distancier du syndicat.
Corinne, également impliquée, raconte une expérience similaire : « En octobre 2024, j'ai perdu mes outils de travail et j'ai été exclue de la prise de décision sans aucune possibilité de me défendre. » Face à cette situation, la direction du CHU a octroyé à Corinne une protection fonctionnelle, une mesure typiquement réservée aux employés confrontés à des violences dans l'exercice de leurs fonctions.
Les troubles ont rapidement attiré l'attention de la fédération Force Ouvrière. En avril 2025, la commission des conflits a statué en faveur des plaignantes, annulant les décisions du duo au pouvoir. David Vasseur, un haut responsable de la fédération, a soulevé des accusations graves concernant la modification des statuts du syndicat pour faciliter le maintien de leurs positions.
La situation s'est intensifiée, poussant le secrétariat fédéral à entreprendre une démarche légale. Après l’exclusion des deux membres dirigeants, des documents financiers inquiétants évoquant un possible détournement de fonds ont été révélés. « Le coût d’un photocopieur utilisé au sein du local syndical dépasse largement celui d’un appareil identique à la fédération — près de 22 000 euros contre 6 000 », a fait remarquer David Vasseur.
La colère croissante a conduit Me Julien Plouton, l'avocat des plaignants, à adresser une plainte au tribunal pour des soupçons de harcèlement, entrave à l'exercice du droit syndical, abus de confiance et potentielle escroquerie. La police est désormais chargée d'enquêter sur ces allégations sérieuses.
Pascal Gaubert et Fabrice Dumas, de leur côté, n'ont pas tardé à contester ces accusations, déclarant avoir été victimes de manœuvres politiques destinées à affaiblir et diviser le syndicat. Lors d'un courrier adressé à leurs adhérents, ils se sont défendus en affirmant que les décisions de leur révocation n'étaient pas conformes aux statuts internes.
Dans un contexte où la solidarité au sein des mouvements syndicaux est d'une importance cruciale, ce type de conflit pourrait miner les bases même de l'organisation. Comme l'évoque un expert en droit du travail, « la transparence et l'intégrité sont essentielles pour maintenir la confiance des membres et la bonne marche des syndicats ».
Alors que les deux factions continuent de s'affronter, la situation reste volatile, avec des implications potentielles tant pour les membres de Force Ouvrière que pour le management du CHU de Bordeaux. La santé et la cohésion du syndicat doivent être réexaminées à la lumière de ces événements désastreux.
La direction du CHU a confirmé avoir accordé la protection fonctionnelle aux personnes impliquées tout en indiquant qu'aucun fonds n'avait été alloué pour des frais d'avocat : « Nous avons essayé de favoriser une conciliation, mais la situation est réellement complexe », a-t-elle déclaré. Les prochains développements seront cruciaux dans ce conflit syndical tumultueux, alors que la justice doit encore rendre son verdict sur les accusations qui pèsent sur les anciens dirigeants.







