Dans le cadre de l'émission "13 Heures découverte", direction le Cameroun pour percer les secrets du poivre de Penja. Bien plus qu'un simple assaisonnement, ce délice incarne un héritage culturel et un savoir-faire ancestral. Ce poivre revêt une importance particulière en étant le premier produit du continent africain à obtenir le label IGP (Indication géographique protégée).
Au pied du majestueux Mont Koupé, chaque année, les habitants se livrent à une récolte rituelle. Équipés d'échelles, ils cueillent ce qui a fait la renommée mondiale de leur région : le poivre de Penja. "On reconnaît le poivre à maturité grâce à ses graines rouges ou jaunâtres", confie un habitant. L’environnement volcanique et le climat tropical de Penja offrent des conditions idéales pour cultiver ce poivre à la fois vert et rouge. Christine Tsimi et Jean-Marie Sop, pionniers de la production, témoignent : "Le poivre, c'est une liane qui s'enroule autour de son tuteur. J'ai découvert une épice merveilleuse".
Initialement introduits par les colonisateurs dans les années 1950, les poivriers ont été adoptés et cultivés par les Camerounais à l'indépendance. Au début des années 2000, la professionnalisation de la filière a entraîné une explosion de la production. "Il y avait une immense curiosité autour de notre poivre, surtout à l’échelle internationale. Lors de mes voyages en France, j’ai constaté qu’il était très apprécié. Nous avons compris que nous détenions de l'or", raconte Jean-Marie Sop, responsable de la filière "poivre de Penja IGP".
Un savoir-faire reconnu dans le monde
Actuellement, le poivre de Penja atteint des prix allant jusqu'à 150 euros le kilo sur les marchés internationaux, soutenant les économies locales. Après chaque récolte, le processus devient crucial : la pesée, suivie de la fermentation. Les sacs passent plusieurs jours dans l'eau, renouvelée toutes les 48 heures. "La fermentation est essentielle car elle permet d'assouplir le poivre et d'éliminer la peau", explique Hubert Tchuigoua, producteur et responsable qualité chez Agrimex.
Une fois fermenté, le poivre est séché au soleil, puis analysé minutieusement à l'usine. Cette expertise a été reconnue par l'Union européenne qui a labellisé le poivre de Penja il y a plus d'une décennie. Il est l'un des premiers produits africains à bénéficier de cette distinction IGP.
"La particularité de notre poivre réside dans la méthode traditionnelle de production, entièrement manuelle. Il n’y a pas de mécanisation, chaque grain est trié à la main. Nos exportations touchent plusieurs pays, à commencer par la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l'Italie, et même l'Amérique du Nord", précise Borel Atonfack, secrétaire exécutif du groupement "poivre de Penja IGP". En dix ans, la production annuelle a été multipliée par 20, avec plus de 300 tonnes exportées chaque année.
Un incontournable dans les assiettes camerounaises
Le poivre de Penja est également prisé sur place. Marie Poulet, surnommée "Marie Emene", utilise cet ingrédient depuis plus de 50 ans. Son restaurant, "Chez Marie Poulet", est devenu une institution, et elle a même été primée lors d'un concours de cuisine à Marseille en 2025. "Un poulet sans poivre n'est pas un poulet. À Marseille, je suis fière d'avoir pu faire découvrir cette saveur unique !"
Les retours des clients, expatriés ou locaux, sont unanimes : "La saveur du poivre est inoubliable. Ce n'est pas un piquant agressif, mais une note que le palais apprécie. Ça suffit à rehausser notre plat sans avoir besoin d'ajouter du piment", témoigne un Franco-Camerounais.
De nos jours, le poivre de Penja est reconnu comme l'un des meilleurs au monde, et il continue d'être une source de fierté pour ses producteurs et pour le Cameroun entier.







