Riche héritier et homme politique aguerri, Anutin Charnvirakul, Premier ministre thaïlandais, est bien décidé à conserver son poste lors des élections législatives anticipées de ce dimanche, selon les experts.
Âgé de 59 ans, cet ancien ministre enchaîne les mandats depuis plus de vingt ans et est devenu Premier ministre en septembre 2025. Anutin, surnommé « Noo » ou « souris » en thaïlandais, vise une nouvelle coalition pour maintenir son influence malgré des prévisions de majorité relative.
Le soutien du Parti du peuple, qui figure parmi les principaux groupes parlementaires, pourrait à nouveau lui ouvrir les portes d'une coalition gouvernementale, mais des analystes de Le Monde prévoient qu'il devra sans doute composer avec d'autres partis, tel le Pheu Thai, issu d'une longue lignée politique, mais affaibli depuis l'emprisonnement de Thaksin Shinawatra.
« Je ne me suis pas préparé à une défaite », déclare Anutin en pleine campagne entre deux bouchées de nouilles, prouvant son ancrage dans le quotidien des thaïlandais. Sa famille, propriétaire de Sino-Thai Engineering, a fait fortune avec d'importants contrats publics, mais il s'efforce de se présenter comme un homme proche des citoyens, comme en témoigne sa présence sur les réseaux sociaux où il partage des moments de vie et sa passion pour la musique.
Au-delà de son ascension politique, Anutin ne se limite pas à un rôle traditionnel. En tant que ministre de la Santé, il a défié les normes en soutenant la dépénalisation du cannabis en 2022. Cependant, ce parcours n'a pas été sans controverses, notamment lorsqu'il avait blâmé les pays occidentaux pour la propagation du Covid-19 en Thaïlande, attirant l'attention des médias internationaux.
Sa carrière est intimement liée à celle des Shinawatra. Disciple à la fin des années 1990, il a été contraint d'évoluer en dehors de la sphère politique après la dissolution de son parti en 2007 pour fraudes électorales. Il a alors fait preuve d'un esprit d'entreprise en développant une flotte d'avions privés pour des missions médicales.
Revenir sur le devant de la scène en 2012 avec le parti Bhumjaithai, dont il a pris la direction après son père, a été une étape clé dans son parcours. Son parti a atteint la troisième place lors des élections de 2023, mais s'est soudainement retiré de la coalition avec le Pheu Thai en milieu d'année, en raison d'une crise politique causée par des discussions compromettantes mises en fuite.
Le conflit renouvelé avec le Cambodge a ravivé les tensions nationales et a indirectement renforcé Bhumjaithai, dont l'opposition aux lois de lèse-majesté attracte une base électorale conservatrice. Le politologue Napon Jatusripitak observe que le nationalisme croissant suite aux conflits a recentré les préoccupations électorales, renforçant ainsi le soutien envers Anutin, qui affirme : « Nous devons défendre notre intégrité et notre souveraineté ».







