La Libanaise Reina Sfeir, 47 ans, professeur de droit, partage son expérience dans un Liban à nouveau touché par les bombardements israéliens.
"Depuis deux jours, c'est plutôt calme. Mais nous restons en état d’alerte, le téléphone à la main et toujours sur le qui-vive", confie Reina, résidente du nord de Beyrouth, un quartier pour l'instant épargné par les frappes qui se déroulent à seulement 3 km de son domicile, où elle entend aussi les détonations.
Un conflit international, plus seulement régional
"La différence avec le conflit de 2024, c'est que nous sommes désormais en pleine guerre mondiale, impliquant les États-Unis. Les frappes sont déroutantes, et leurs objectifs souvent flous. Ma mère et ma sœur vivent dans une région généralement plus sûre, mais récemment, un missile a été intercepté, provoquant une peur intense." Les impressions de Reina reflètent une réalité tragique, où même les zones apparemment sécurisées ne sont pas totalement à l'abri des violences.
Les frappes aériennes soulèvent des inquiétudes supplémentaires pour Reina, comme l'érosion croissante du territoire libanais. "Human Rights Watch a récemment publié un rapport précisant que la superficie occupée par Israël est nettement plus vaste que le Bahreïn ou New York, représentant 8 % de notre territoire. Ce qui est terrifiant, c'est que cette occupation s'accompagne de la destruction de maisons, laissant certains habitants égarés et dévastés."
Le nouveau gouvernement élu en janvier 2025 semble renforcer son engagement : "Il a récemment demandé à son ministre des Affaires étrangères de porter plainte au Conseil de sécurité pour crimes de guerre. Ils s'opposent à Hezbollah, même en arrêtant leurs membres armés", explique-t-elle. La société libanaise est fracturée, divisée entre ceux qui s'opposent à l'occupation israélienne et ceux qui souhaitent voir Hezbollah affaibli. "Cette dualité crée des tensions internes, ravivant les craintes d'une guerre civile. Nous sommes pris entre deux maux, sans véritable position claire."
Reina souligne également qu'il existe des préjugés à l'encontre des déplacés, accusés par certains d’être responsables de la situation actuelle : "Pour moi, ce sont des victimes à part entière, plus encore, car ils perdent leur territoire, leurs maisons, leurs enfants."
Professeure dans deux universités, Reina enseigne les droits de l'homme et le droit humanitaire. "Mes cours se font souvent en visio, et mes étudiant(e)s sont pour beaucoup en situation de conflit. Beaucoup d’entre eux, devenus réfugiés, vivent une grande précarité. Alors, parler de droits dans un tel contexte, c'est très difficile. Je ne sais même pas si je réussis à les convaincre, mais j'essaie."
Cette guerre s'inscrit profondément dans notre corps.
La vie quotidienne de Reina est devenue un parcours d'obstacles. En outre, l'inflation galopante, notamment des prix du carburant, complique encore plus son existence. "Je commence ma journée à 7 heures, mais il me faut au moins deux heures pour être opérationnelle. Cette guerre impacte notre quotidien. J'ai développé des symptômes physiques allant des douleurs musculaires à des troubles du sommeil, et il y a même des problèmes de pollution due aux frappes. Les conséquences sur la santé se font déjà sentir."
Face à une telle situation, Reina se voit-elle quitter le Liban ? "C'est impensable pour moi", répond-elle, ajoutant qu'elle ne voit pas "la lumière au bout du tunnel". Tout en espérant que son pessimisme est infondé, elle conclut : "Mais j'espère avoir tort."







