Ce vendredi, les députés se pencheront sur une question délicate : faut-il ouvrir la voie à un plus grand nombre de professions autorisées à travailler le 1er-Mai, le seul jour chômé par la loi en France ? Ce sujet, considéré comme un tabou, sera au cœur des discussions lors de la niche parlementaire du groupe Renaissance.
Cette proposition de loi (PPL), qui a déjà été défendue par le groupe Les Républicains, n’a pas pu être discutée en janvier en raison d’un manque de temps. Aujourd’hui, le ministre Gabriel Attal et son équipe vont se saisir de cette initiative, soutenue par le gouvernement, avec l’intention d’élargir la liste des dérogations existantes.
La législation actuelle
Depuis la fin du 19ème siècle, le 1er-Mai est un jour officiellement décrété « férié et chômé » selon l'article 3133-4 du Code du travail. Quelques exceptions sont prévues : seules les entreprises dont les activités nécessitent une continuité peuvent faire travailler leurs employés ce jour-là. Par exemple, les boulangers peuvent accueillir des clients à condition que le propriétaire gère seul son établissement. Cependant, beaucoup choisissent de contourner cette loi pour un revenu supplémentaire. L’an passé, 22 boulangeries ont été verbalisées pour avoir employé des salariés ce jour-là, avec des amendes allant jusqu'à 750 euros par employé.
Les bénéficiaires potentiels
Si la loi est adoptée, les établissements concernés incluront ceux qui fabriquent ou préparent des produits alimentaires prêts à être consommés, des commerces de détail alimentaires, ainsi que des organisations culturelles et florales. Selon Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, plus de 1,4 million de travailleurs pourraient être concernés par cette éventuelle dérogation.
Conditions de travail
Le travail le 1er-Mai, même s’il est autorisé, restera strictement encadré. En plus du doublement des salaires déjà en vigueur, ce texte stipule que seul un salarié ayant donné son consentement écrit à son employeur pourra travailler ce jour-là. De plus, aucun salarié ne pourra être discriminé pour avoir refusé de travailler ce jour-là, et ce refus ne pourra pas être qualifié d’infraction à son contrat de travail.
Réactions et critiques
Les syndicats se montrent très critiques à l’égard de cette initiative, même si elle repose sur le principe du volontariat. Ils défendent le 1er-Mai comme symbole des droits des travailleurs et craignent qu'en permettant plus de travail ce jour-là, on affaiblisse les garanties collectives et le droit au repos, un point soulevé par l'intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU), citée par TF1.
Des changements imminents ?
Si la PPL est votée dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat, le président de la République aura quinze jours pour promulguer la loi. Celle-ci pourra être appliquée dès sa publication au Journal officiel, potentiellement avant le 1er-Mai 2026. Ainsi, après avoir acheté du muguet chez un fleuriste, les Français pourraient également se rendre chez le boulanger, le boucher ou au cinéma ce jour-là, selon la validité de cette réforme.







