Roumen Radev, figure montante de la politique bulgare, est-il vraiment un fervent pro-russe ? Cette interrogation traverse son parcours depuis ses débuts, en particulier après sa récente victoire aux élections législatives anticipées du 19 avril. À la tête de la coalition Bulgarie progressiste, Radev, ancien président, se prépare à prendre les rênes en tant que Premier ministre, s'assurant ainsi une “domination totale” selon Dnevnik.

Avec près de 45 % des voix, il s'apprête à former un gouvernement majoritaire, un exploit que ses prédécesseurs n'ont pas réussi à accomplir depuis plusieurs années. Il peut également s'appuyer sur le soutien indéfectible de la présidente Iliana Iotova, qui a été sa coéquipière durant ses mandats précédents. Boïko Borissov, l'ancien Premier ministre, a d'ailleurs réagi en déclarant : “Il aura les pleins pouvoirs dans le pays.”

Les craintes concernant son allégeance supposée au Kremlin sont omniprésentes. La presse bulgare, toutes tendances confondues, s'interroge sur la manière dont Bruxelles et les médias occidentaux perçoivent sa victoire. Dans une analyse, le chroniqueur du tabloïd Troud note que divers médias influents européens mentionnent les termes “prorusse” ou “favorable à la Russie” en rapport avec Radev. “Ces médias orientent l'opinion publique en Europe occidentale et dressent un portrait peu flatteur de ce politicien,” poursuivent-ils.

Euroscepticisme à “usage interne”

Dans un discours qui frôle le complotisme, le même chroniqueur reproche aux journaux européens de n'avoir désigné aucun envoyés spéciaux pour suivre les élections, se contentant de relayer une dépêche d'Reuters. Ce dernier conclut que les accusations contre Radev proviennent principalement de Sofia.

Nadia Mladenova, chef de cabinet de la présidente Iotova, partage également cette vision, évoquant les étiquettes de “nouvel Orban” et “eurosceptique”, qu'elle juge infondées. “Accuser Roumen Radev de vouloir changer l'orientation géopolitique du pays est aussi absurde que de le traiter de ‘taupe russe’, ” affirme-t-elle dans un post sur Facebook. Radev lui-même a toujours rejeté ces allégations, plaidant pour un “dialogue pragmatique” avec Moscou, ce qui a ravi des responsables russes tels que Dmitri Peskov.

Malgré les critiques, des experts comme Vessela Tcherneva et Maria Simeonova, du Conseil européen pour les relations internationales, établissent un constat rassurant. Pour elles, Radev ne deviendra pas un “nouvel Orban” à Bruxelles, mais restaurera plutôt l'intégrité des institutions bulgares face à l'oligarchie. “La priorité sera centrée sur le renouveau politique intérieur,” conclut Tcherneva dans une interview relayée par Mediapool.