Le 4 juin, jour de la commémoration du mouvement démocratique chinois réprimé en 1989, reste particulièrement sensible en Chine continentale, où la censure est omniprésente. À Hong Kong, autrefois bastion de mémoire et de résistance, la répression des commémorations est devenue une réalité palpable.
Les médias hongkongais, tels que le South China Morning Post et Ming Pao, choisissent aujourd'hui de garder le silence en ce jour fatidique. En effet, ces mêmes voix qui ont, durant trois décennies, porté le flambeau de la démocratie, semblent s’être résignées à ne plus parler du massacre. Seule Hong Kong Free Press (HKFP) tente de faire entendre une voix dissidente, malgré les lourdes pressions. Leur article sur Chow Hang-tung, avocate et ancienne dirigeante de l'Alliance de Hong Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques, illustre cette lutte : l’alliance a été dissoute sous l'effet de la loi sur la sécurité nationale, et Hang-tung risque une peine de dix ans de prison.
Un journaliste contacté par Radio Free Asia évoque la situation en ces termes :
“Ce n’est pas que les médias hongkongais ignorent la commémoration, mais ils n’osent plus en parler.”La peur d'être poursuivi ou censuré est palpable, et cela a conduit à une autocensure généralisée. Les reportages sur les veillées aux chandelles, les rétrospectives de 1989 et même les témoignages des citoyens sont désormais impossibles.
Cet effacement progressif de la mémoire collective est renforcé par des actions répressives. Comme le souligne The Guardian, cette année, le jeune artiste Chen Sanmu a été interpellé alors qu'il tentait de rendre hommage en nouant un fil rouge symbolique à un panneau de signalisation à Causeway Bay.
La censure : un phénomène inquiétant
Depuis l’exil du dissident Li Laoshi en Italie, des exemples de censure absurde circulent, renforçant l'idée que la réalité est soigneusement supervisée. Le 4 juin, par exemple, il devient impossible d’acheter des produits dont le prix se termine par 64, un clin d'œil flagrant au massacre. Ces actes révèlent un contrôle si strict qu'il rappelle des extrêmes de fiction, comme le “ministère de la Vérité” décrit par George Orwell.
Chow Hang-tung l’a très bien résumé durant son procès :
“Dire la vérité est considéré comme de l’incitation à la haine.”Bien que les médias ne soient pas complètement muets, la nature des événements qui se déroulent à Victoria Park, jadis lieu de mémoire, a changé. Le quotidien Wen Wei Po, fidèle au gouvernement, rapporte qu’un Carnaval patriotique s’est substitué aux veillées, illustrant une volonté manifeste de tourner le dos aux idéaux démocratiques.
Alors que la société civile semble se taire, l’espoir d’un changement futur persiste. Les échos de Tian’anmen continuent de résonner, même si l'accès à cette mémoire est de plus en plus restreint. La lutte pour la vérité demeure essentielle, face à une volonté écrasante de réécrire l’histoire.







