sous un soleil de plomb, Michel, habitant de Saint-Savin, pousse son chariot sur le parking du supermarché local. Concernant le jugement de Marine le Pen, il déclare : « C'était déjà fait. Elle ne devait pas se présenter ». Pourtant, le verdict de la cour d'appel démontre le contraire. Michel admet ne pas s’être informé des détails de la décision, un sentiment partagé par de nombreux habitants croisés lors de cette chaude après-midi où le Tour de France captait plus d'attention que les affaires judiciaires du parti d'extrême droite.
Ici, le Rassemblement National a triomphé au premier tour lors des dernières élections municipales. Cependant, la journée de ce mardi, où se succédaient l'étape du Tour, semble avoir étouffé les préoccupations politiques dans ce village de 3 500 âmes, niché au cœur d'un vignoble en crise. « Vous pouvez sortir tout de suite », lance la buraliste avec un air désinvolte. Dans la boulangerie, les clients, tout en dégustant leurs pains, affirment ne pas s’intéresser à la politique. « Nous, on paye, et c'est tout ».
« Que les choses changent »
Victoria, coincée dans sa voiture, tente de réparer une partie de son véhicule. « Le jugement ? Dites-moi, ça me fera une nouvelle ! ». Quand elle évoque ses choix électoraux, elle avoue : « J’ai suivi ma famille. Je crois que c'était pour le maire actuel. » La perspective de voir une candidate sous le coup d'un bracelet électronique la fait rire : « Bah, tant qu’elle est surveillée… ».
Patrick, quant à lui, n’a pas voté depuis 40 ans. Pour subsister, il « scie du bois », mais cette fois, il envisage de voter pour Marine le Pen, déclarant : « Il faut qu’elle passe, il faut que les choses changent ». La condamnation de la candidate ne l’effraie pas : « Pour moi, ce n’est pas un problème, ils le font tous ».
Maël, un jeune du village, partage une bière avec ses amis à la terrasse du seul bistrot. Il ne mince pas ses mots : « Nous, dès qu’on fait une bêtise, cela pourrait nous conduire en prison. Mais pour eux, détourner des millions, ça ne semble pas compter. En haut, tout est permis ». Concernant le RN, il ajoute : « Ce n'est pas ma came », mais exprime néanmoins un sentiment d'abandon rampant au sein de la communauté. « C’est un village où on ne se parle pas beaucoup. On construit des logements sociaux, mais il n’y a rien autour. La peur s’installe ».
Olivier, un quadragénaire, avoue déjà avoir voté pour Marine le Pen. Pour lui, « il faut des règles » : il pense que l’extrême droite est plus stricte sur l’utilisation de l’argent public par rapport à la gauche. Quand paraît le sujet de la condamnation de 3 millions d'euros de détournements, il répond : « La justice doit statuer. Cette condamnation me refroidit, mais cela ne m’éloigne pas du parti ». Il exprime également sa préférence croissante pour Jordan Bardella.
Michel, lui, garde la foi en Marine le Pen. « Si elle devait faire campagne avec un bracelet électronique, cela ne me choquerait pas. » Par rapport aux accusations, il explique : « Elle dit ne pas être impliquée, mais on ne sait pas qui d'autre a pu faire pareil. Alors je garde espoir malgré tout. » Il croise les bras, hésitant, avant de conclure rapidement, conscient que la chaleur met à mal ses provisions dans le chariot.
(1) Le prénom a été modifié







