Depuis cinq mois, les syndicats du ministère du Travail attendent le retour d'un rapport clé sur les risques psychosociaux auxquels sont exposés les agents de l'État. Les conclusions, dévoilées par la cellule d'investigation de Radio France, mettent en lumière une situation préoccupante, particulièrement pour les inspecteurs du travail.
Sophie Pérennes, ancienne inspectrice du travail en Bretagne, a pris sa retraite en 2023 après une carrière éprouvante. Elle se souvient d'un incident marquant survenu en 2015, où un contrôle dans une serre de tomates à Côtes d'Armor a failli lui coûter cher, lorsqu'elle a découvert un pneu de son véhicule de service enlevé. Malgré le dépôt de plainte, l'affaire a été classée sans suite, la laissant ressentir un profond abandon de la part de sa hiérarchie : "Nous n'avons reçu aucun soutien".
En juin 2025, des forains de la Foire du Trône ont agressé des inspecteurs venus effectuer un contrôle. Alors que quelques-uns ont été condamnés à de la prison avec sursis, le Ministre du Travail, Jean Pierre Farandou, a exprimé son soutien aux inspecteurs, insistant sur la nécessité de protéger leur sécurité lors des missions. Pourtant, un rapport commandé par les syndicats souligne que les mots ne suffisent plus face à la gravité de la situation.
Des agents à l'os
Les experts du cabinet Aptéis, auteurs de l'étude, ont interrogé près d'une centaine de fonctionnaires sur divers sites. Beaucoup déclarent se sentir "à l'os" et incapables d'exceller dans leur mission, face à une réduction drastique des effectifs : 16 % de postes en moins entre 2015 et 2021, soit près de 740 inspecteurs. Malgré 200 recrutements récents, la situation reste alarmante.
Les témoignages révèlent une réalité de surcharge de travail menant à des troubles de santé mentale, avec des cas d'alertes pour danger grave imminent et même de suicides entre 2018 et 2023. Des enquêtes menées après des tragédies ont mis en lumière un manque de soutien post-incident, exacerbant la souffrance des agents.
Une culture du chiffre et un climat de méfiance
Mais la surcharge ne réside pas uniquement dans le manque d'effectifs : la culture du chiffre impose des objectifs illusoires. Ainsi, un inspecteur peut se retrouver responsable de plusieurs milliers de salariés, devant contrôler des centaines d'entreprises par an, menant à une géométrie inadaptée des missions et à une déshumanisation des relations.
Cécile Drilleau, représentante CGT des inspecteurs, souligne que les marges de manœuvres à Roissy sont ridiculement faibles avec un agent pour 19 000 salariés. "Une telle charge de travail est insoutenable", a-t-elle déclaré.
Urgence d'un changement structurel
Face à ce tableau alarmant, Aptéis conclut qu'il est essentiel de cesser les suppressions de postes au ministère et de permettre le recrutement en adéquation avec les besoins identifiés. La direction des ressources humaines, alors interpellée sur le rapport, a refusé de commenter son contenu, révélant une opacité peu rassurante.
Aujourd'hui, un grand flou entoure la restitution de ce rapport, initialement prévue pour la semaine prochaine. Avec des annonces récentes de coupes budgétaires supplémentaires, les inspecteurs du travail continuent de s'interroger sur leur avenir et la reconnaissance de leur impact dans un système où chaque jour, leur sécurité et leur bien-être sont mis à mal.







