Le procureur d'Aix-en-Provence a annoncé, lundi, l'achèvement de la campagne de prélèvements ADN lancée en février. Les échantillons sont désormais en phase d'analyse et de comparaison.
Cet exercice méthodique pourrait s'avérer crucial pour élucider le mystère entourant la disparition d’Emile Soleil, un garçon de 2 ans et demi, disparu en juillet 2023 dans la commune du Haut-Vernet (Alpes-de-Haute-Provence). À la suite d'une demande formulée par les avocats de la famille, plus de 106 prélèvements ADN ont été recueillis auprès des résidents et visiteurs présents sur les lieux du drame. Jean-Luc Blachon, procureur de la République d'Aix-en-Provence, a confirmé à Franceinfo : "106 prélèvements ont été réalisés et vont faire l'objet d'analyses comparatives".
Chaque prélèvement a été effectué avec des kits FTA (Fast Technical for Analysis). Ces dispositifs permettent d'extraire les cellules de la paroi buccale à l'aide d'un écouvillon, qui est ensuite utilisé sur du papier buvard imbibé d'un détergent. Cette méthode vise à fragmenter les membranes cellulaires pour accéder à l'ADN, un processus qui est appelé "lyse des cellules".
L'extraction de l'ADN : une étape clé
Après la collecte des échantillons, la priorité est d'extraire un ADN de haute qualité. "On utilise un tampon pour libérer le matériel biologique. L'objectif est d'obtenir un extrait d'ADN pur, le plus limpide possible", précise Soizic Le Guiner, directrice de l'Institut génétique Nantes Atlantique. Les échantillons sont ensuite soumis à une amplification ADN via la méthode PCR, couramment associée à la recherche médicale durant la pandémie de Covid-19.
En règle générale, les résultats des analyses peuvent être obtenus en trois à quatre heures pour un échantillon. Cependant, avec 106 prélèvements en cours, le processus dépendra de l'envoi simultané ou par phases : d'abord les promeneurs, ensuite les habitants. Les possibilités d'analyse peuvent aboutir à différents résultats : ADN inexploitable, mélange d'ADN ou ADN pur, ce dernier étant requis pour approfondir l’enquête.
Analyser les traces retrouvées
Les experts doivent également établir des comparaisons entre les ADN prélevés et les traces génétiques retrouvées sur les objets associés à Emile. Comme l'indique Julien Pinelli, l'avocat de la grand-mère : "Les experts vont maintenant comparer les ADN, ce qui pourrait apporter des éléments nouveaux à l’enquête".
Le 8 juillet 2023, Emile a disparu alors qu'il séjournait chez ses grands-parents. En mars 2024, des ossements de l’enfant, ainsi que des vêtements, ont été retrouvés par une promeneuse à 1,7 km de leur habitation. Des analyses préliminaires ont révélé des traces diverses, comme des fientes de poulet ou des excréments de chauve-souris sur ses effets personnels, nécessitant des comparaisons précises avec les prélèvements ADN réalisés.
Soizic Le Guiner explique : "Une fois l’ADN extrait d’un vêtement, on peut déterminer les types de profils présents. Si plusieurs ADN sont identifiés, on peut procéder à une analyse plus approfondie pour isoler celui du suspect éventuel". La réactivité et la précision des techniques utilisées seront essentielles pour faire avancer cette enquête trouble.
Vers une résolution du mystère
Un autre enjeu crucial reste la détermination de la pertinence des traces ADN; il est fondamental de contextualiser chaque découverte. Par exemple, trouver l'ADN d'un parent sur un enfant est habituel. "Les éléments restent à interpréter selon leur contexte. Travailler avec le même laboratoire est essentiel pour éviter toute confusion", souligne un expert.
Dans cette affaire tragique, le laboratoire d'hématologie médico-légale de Bordeaux, dirigé par le professeur Christian Doutremepuich, est mobilisé pour réaliser diverses expertises. Les résultats des analyses ADN pourraient apporter un nouvel éclairage sur le sort d'Emile et, peut-être, ouvrir la voie à une résolution de ce drame familial.







