Environ 3.000 personnes assistaient au feu d'artifice ce 14 juillet 2016, marquant un tragique rendez-vous avec l'horreur. La ville de Nice a été touchée par une attaque qui a fait 86 morts et blessé des centaines de personnes, laissant derrière elle des séquelles profondes pour de nombreux enfants.
Ces jeunes victimes comprennent un bébé de 18 mois dont la mère a tenté de le protéger, une petite fille de 4 ans qui a réussi à se cacher entre les roues du camion, et un garçon de 10 ans qui a essayé de préserver son petit frère de l'horreur. D'autres, comme cette adolescente de 13 ans, portent la douleur de la perte d'un proche.
Dix ans plus tard, 25% des victimes indemnisées par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme sont des mineurs. Les psychologues de l'hôpital pour enfants Lenval, situé près du lieu de l'attentat, ont soutenu plus de 700 enfants jusqu'à présent, selon Arnaud Fernandez, responsable du Centre expert du psychotraumatisme pédiatrique (CE2P).
Cette initiative, lancée six mois après l'attentat, s'appuie sur l'expérience acquise après le massacre d'Utøya en Norvège, où de nombreux adolescents avaient également été victimes. Le CE2P travaille en étroite collaboration avec des professionnels impliqués dans le suivi des victimes d'autres tragédies, comme l'attaque de Manchester.
Hager Ben Aouissi, présidente de l'association "Une voie des enfants", souligne l'unicité de l'attentat de Nice : "Des familles entières ont été touchées. Les enfants doivent vivre avec des proches traumatisés, ce qui rend leur guérison encore plus complexe." Beaucoup d'enfants ont été gravement affectés par la perte de leurs proches.
Un exemple troublant évoqué par le CE2P est celui d'un enfant de 4 ans qui, après l'attaque, a passé des heures dans les bras de son père, cherchant un ami décédé. Ses jeux révélaient son traumatisme, avec des figurines alignées au sol, le rappelant douloureusement d'un événement tragique.
Les études menées par le CE2P révèlent que 80% des enfants victimes développent des troubles anxieux et 62% souffrent d'un syndrome de stress post-traumatique. "Même les plus jeunes, comme ceux de 2 ans, ne peuvent pas simplement oublier," explique le Dr Fernandez. "Ils se remémorent chaque détail de cette nuit tragique."
Les conséquences sont variées : crises de panique, cauchemars, troubles alimentaires, dépression... En milieu scolaire, beaucoup d'enfants se heurtent à l'incompréhension de leurs camarades. La solitude ressenti à leur retour à la maison après avoir vécu une telle tragédie aggrave encore leur état.
Pour répondre à ces besoins, le CE2P a mis en place divers traitements, y compris des thérapies cognitives et comportementales, ainsi que des techniques d'EMDR. Bien que certains patients progressent, le centre suit encore 86 enfants, ce qui reste une charge importante.
Ce chemin de guérison passe aussi par la création de nouveaux souvenirs, comme cette sortie organisée par "Une voie des enfants" dans une caserne de pompiers ayant participé aux secours. "Pour la première fois depuis presque dix ans, j'ai vu des enfants pleurer de joie," se réjouit Mme Ben Aouissi.







