Au cœur d'un procès retentissant à Aix-en-Provence, cinq professionnels travaillant au sein de la prison d'Aix-Luynes ont été accusés d'avoir facilité l'introduction de drogues, de parfums et de cigarettes, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité de l'établissement. Face au tribunal, ces agents ont justifié leurs actes par des pressions incessantes de la part des détenus ou par des besoins financiers pressants.
Parmi les prévenus, Julie L., 24 ans, surveillante en prison, a expliqué avoir introduit un parfum, répondant à la pression d'un de ses collègues, Mohamed S., avec qui elle entretenait une relation amoureuse. Lorsqu'interrogée sur ses motivations, elle a déclaré : "Je l'aimais". Cette déclaration met en lumière la complexité des relations au sein de l'environnement carcéral, où l'affection peut parfois se transformer en complicité.
Rencontre avec un détenu a ensuite conduit Julie à accepter une offre promettant 1.000 euros en échange de résine de cannabis. La marchandise était soigneusement dissimulée dans sa brassière, un acte qu'elle a décrit comme un choix désespéré, alimenté par des difficultés financières. Julie a également révélé avoir vécu des moments traumatisants au sein de la prison, dont la découverte d’un détenu pendu, un événement qui a profondément marqué sa santé mentale.
Mohamed S., de son côté, a exprimé son sentiment d'impuissance face aux demandes incessantes des détenus. "Dès mon arrivée, j'étais assiégé par des sollicitations. J'ai fini par céder pour obtenir un semblant de paix", a-t-il partagé. Bien qu'il ait seulement reconnu avoir introduit parfums et cigarettes, un colis contenant des stupéfiants a été trouvé à son domicile lors de perquisitions.
Au même titre, Kamel S., son oncle, a rapporté avoir subi des intimidations et des menaces dans le milieu. "On m'a vandalisé mon véhicule. J'ai donc choisi d'acheter des cigarettes électroniques pour préserver ma tranquillité", a-t-il révélé. Cette situation soulève des questions sur la manière dont les détenus exploitent les failles du système pénitentiaire et le rôle des agents dans ce processus.
Laurent B., également technicien à Gepsa, a corroboré le récit de Kamel, indiquant que les détenus étaient bien informés de leur vie extérieure : "Ils savaient où nous sortions le soir. Un jour, l'un d'eux a commenté ma nouvelle voiture", a-t-il dit. Il a admis avoir d'abord accepté les demandes pour des cigarettes, avant que les exigences ne se complexifient.
Le procès a également mis en lumière l'implication d'un détenu, Sid Ahmed B., désigné comme intermédiaire dans ce trafic. Bien qu’il ait nié toute implication, l’avocat général Emmanuel Merlin a dénoncé cette situation comme étant symptomatique de la corruption endémique au sein des établissements pénitentiaires, notamment à Aix-Luynes, qui est l’un des plus grands de France.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large : en mai, une surveillante de la prison avait déjà été mise en examen pour son rôle dans un vaste réseau de trafic de stupéfiants entre la France et l'Espagne. De plus, d'autres agents sont sous le coup d'accusations similaires, indiquant que la lutte contre la corruption en prison est loin d'être terminée. Ce procès rappelle l'importance d'une vigilance accrue dans l'environnement carcéral afin de contrer les ramifications du crime organisé.







