Sébastien Lecornu a réussi à surmonter, comme prévu, vendredi, les deux motions de censure : celle du Rassemblement National et celle de la gauche non socialiste, échouant respectivement à 19 voix près. Le Premier ministre a défendu le recours au 49.3 pour adopter le budget de l'État 2026, le qualifiant de "dernier recours".
La motion de censure a recueilli 269 voix, la droite et les socialistes ayant choisi de ne pas s'y associer, alors que le seuil de 288 voix était nécessaire pour faire tomber le gouvernement. De son côté, la motion déposée par le RN, ainsi que son allié UDR dirigé par Éric Ciotti, a également échoué avec seulement 142 voix.
Ce dépôt faisait suite à la décision du Premier ministre, initialement réticent, d'utiliser le 49.3 pour goûter à l'adoption du budget. "Quand le débat ne permet plus de conclure, quelqu'un doit assumer", a-t-il déclaré devant l'Assemblée nationale avant le vote. Il a ajouté que l'engagement de la responsabilité du gouvernement ne devrait pas être considéré comme une solution facile, mais plutôt comme un outil de dernier recours.
En renonçant au 49.3 début octobre dans l'espoir de faire des concessions aux socialistes, Lecornu a fait valoir que, pour la première fois depuis longtemps, le Parlement ne pouvait pas prétendre avoir été privé de son autorité. Toutefois, il a réitéré que le 49.3 "ne pourra plus être utilisé comme avant" et ne devrait servir qu'en cas d'absolue nécessité pour "protéger" les institutions.
- Des fractures au sein de la gauche -
Le débat a été marqué par des tensions au sein de la gauche, avec le Parti Socialiste se retrouvant isolé face à une coalition des Insoumis, écologistes et communistes. Eric Coquerel, président de la commission des Finances de La France Insoumise, a dénoncé le recours au 49.3, le qualifiant de "coup de force". Il a questionné la légitimité d'un gouvernement minoritaire décidé à gouverner sans large soutien populaire.
Marine Le Pen, cheffe des députés RN, a pour sa part critiqué ce qu'elle considère comme une "trahison" de l'accord entre le Premier ministre et le Parlement, accusant le gouvernement de recourir à des manœuvres illégitimes.
- Une lueur d'espoir pour le PS -
En dépit des tensions, le PS a confirmé qu'il ne voterait pas la motion de censure commune, saluant les "inflexions substantielles" obtenues lors des discussions. Le député Laurent Baumel a mis en avant que l'abandon du 49.3 avait permis d'ouvrir le dialogue et de réindexer les prestations sur l'inflation.
Cependant, ce point de vue a été contesté par certains, comme Benjamin Lucas-Lundy, qui ont averti que ces concessions ne constituent pas nécessairement des avancées significatives.
Du côté du gouvernement, les choix budgétaires de Lecornu suscitent aussi des critiques. L'ancienne ministre Agnès Firmin-Le Bodo a reconnu des désaccords profonds tout en soulignant l'importance d'avancer dans un contexte politique complexe.
Alors que les deux motions de censure ont été rejetées comme prévu, le gouvernement prévoit de mettre en œuvre sa responsabilité sur la partie "dépenses" du budget, incitant à de nouvelles motions de censure qui devraient également échouer dans les jours à venir. Après un passage éclair au Sénat, le budget devrait revenir à l’Assemblée pour un ultime 49.3, facilitant ainsi sa promulgation prévue début février.







