Ce mercredi 18 février, les salles françaises accueillent le long-métrage audacieux de Diego Céspedes, intitulé Le regard fascinant du flamant rose. Ce film novateur navigue entre western, tragédie et comédie, tissant une fable puissante sur une communauté de personnes trans et de travestis tentant de s'affirmer dans le Chili des années sida, sous la dictature de Pinochet.
Diego Céspedes, originaire d'une banlieue ouvrière de Santiago, évoque avec nostalgie le désert d'Atacama, qu'il décrit comme un monde mythique, riche en légendes. Dans un entretien accordé à Entrance, un site culturel chilen, il déclare que ce désert, “où personne ne va, où personne ne vit, mais qui ne cesse de nous hanter”, sert de toile de fond à son récit.
Une famille queer atypique
Ce territoire rêvé devient le cadre de son premier film récompensé par le prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes en 2025. Le film s'inscrit dans une tradition de narration visuelle, transcendante et poétique, explorant des thèmes tels que la solitude et l'amour.
À travers une bourrasque de personnages flamboyants, le film dépeint un affrontement entre deux communautés : les mineurs, hommes de peu de mots, pris par la réalité âpre, et une petite mais vibrante communauté de travestis, nommés pour des animaux afin d'affirmer leur identité. Flamant rose (Matías Catalán) est un personnage central, entouré de figures tentaculaires comme Mama Boa, Aigle et Lionne.
Coups de foudre et sueurs froides
Nous découvrons l'histoire à travers les yeux de Lidia, une orpheline de 11 ans interprétée par Tamara Cortes, qui trouve refuge dans cette famille queer dépareillée. Dans cette aventure, leur cabaret, perdu au milieu de nulle part, devient un symbole de résistance et de créativité.
Dans le contexte saturé de la peur liée à l'épidémie de sida des années 1980, la rumeur d'une “peste” menace les deux communautés, unissant ainsi leurs destins tragiques.
Comme le souligne El Mundo, le film examine la dynamique entre désir et peur, questionnant les regards croisés et les relations interpersonnelles. Who gazes at whom? Qui se cache derrière qui en quête d'acceptation?
Un casting militant
Céspedes emploie un casting engagé, choisissant des acteurs queers pour représenter des identités habituellement marginalisées. Dans un entretien avec Entrance, il affirme que “comme nous racontons une histoire qui touche aux identités marginalisées, il était clairement évident de travailler avec celles qui les incarnent”.
Inspiré par les récits vécus de sa mère, qui tenait un salon de coiffure à Santiago, où de nombreuses personnes ont souffert du sida, Céspedes cherche à projeter un récit alternatif, plus lumineux, axé sur la solidarité au sein de cette communauté vulnérable.
De nombreuses scènes inoubliables
Bien que Le regard fascinant du flamant rose puisse présenter quelques faiblesses, comme tout premier film, il se distingue par sa beauté singulière, offrant un récit captivant. El País décrit le film comme un “western queer” qui interroge la liberté et explore les thèmes de l'amour, de la vengeance et du désir à travers une lentille poignante.
Le film, prévu pour une sortie au Chili en mars, revêt une signification accrue dans un pays dirigé par un gouvernement de droite qui a réveillé des nostalgies pour le passé de la dictature. La Vanguardia affirme que Céspedes fait partie d'une nouvelle génération de réalisateurs qui, face à la répression croissante, osent explorer des récits essentiels sur la diversité de genre et la mémoire historique.
Courrier international est partenaire de ce film.







