La Charente-Maritime se positionne comme le leader français de l'aquaculture, fournissant 90 % de la production nationale de crevette impériale. Élevée avec soin dans les claires, la Marsupenaeus japonicus cohabite harmonieusement avec les huîtres, une pratique qui remonte aux années 2000.
« C'est une espèce délicate à élever. Elle se plaît dans des environnements peu densément peuplés, avec une moyenne de deux crevettes par mètre carré. Sa chair est renommée pour sa fermeté », déclare Anne-Lise Bouquet, responsable de mission aquaculture au Capena, le Centre pour l'aquaculture, la pêche et l'environnement de Nouvelle-Aquitaine.
Dans le bassin de la Seudre, une quarantaine de producteurs génèrent chaque année environ 42 tonnes de cette précieuse crevette, introduite dans les années 1960 par l'ancêtre de l'Ifremer pour diversifier l'aquaculture. Toutefois, le chemin n'a pas été facile : la difficulté de la commercialisation a conduit à la fermeture de nombreux élevages dans les années 80.
« Dans les années 90, il ne restait qu'une dizaine d’élevages en activité », rappelle Anne-Lise Bouquet. Grâce à la collaboration avec le Capena, les producteurs se sont regroupés pour garantir la conformité et développer une démarche qualité, donnant naissance à l'Acrima, l'Association des producteurs de crevettes impériales des marais charentais.
Une synergie écologique
Au-delà de sa valeur économique, la crevette impériale joue un rôle crucial dans l’écosystème local. Sa présence favorise le développement du phytoplancton, ce qui est bénéfique pour les huîtres. En chassant la nuit, les crevettes mettent en suspension les nutriments essentiels à la survie du phytoplancton, contribuant ainsi à leur croissance. Cela crée un modèle d'aquaculture multitrophique intégrée, un élevage à la fois écologique et économiquement viable.
Les crevettes, élevées en écloserie pour éviter tout risque d'invasion, sont introduites dans les bassins à trois semaines. Cultivées aux côtés des huîtres, elles atteignent un poids commercialisable de 20 grammes d'ici la fin de la saison qui s'étend de juillet à novembre. Elles sont souvent vendues directement par les producteurs à un prix d'environ 33 euros le kilo.
Perspectives d'avenir
Alors que les huîtres bénéficient de la présence des crevettes en été, des études sont en cours pour voir si l'introduction de truites de mer pourrait également enrichir l'écosystème des marais. Selon Dominique Mille, également au Capena, l'objectif est d'optimiser les interactions entre les espèces dans le même espace de culture.
Cette initiative innovante vise à promouvoir une aquaculture durable, tout en garantissant la diversité et la richesse des produits de la mer en Charente-Maritime.







