Le parquet de Marseille a requis une peine de quatre ans de prison, dont trois avec sursis, contre David Bertin, un investisseur immobilier controversé, au cœur d'une affaire révélatrice des enjeux liés à l'habitat indigne. Accusé de louer des appartements en danger, il pourrait voir sa responsabilité engagée dans une situation tragique, rappelle Le Monde.
À 42 ans, Bertin, propriétaire d'une trentaine de logements, a été placé en détention provisoire pendant près de quatre mois après la mort de huit personnes dans un immeuble insalubre à Marseille. Cet incident, survenu en novembre 2019, a marqué un tournant dans la lutte contre les abus immobiliers dans la ville, d'autant plus que Bertin a continué de louer des appartements frappés d'une interdiction d'habiter.
Lors du procès, le tribunal a mis en lumière un système complexe, incluant l'utilisation de faux documents pour obtenir des prêts immobiliers dépassant les 500 000 euros, mais aussi l'emploi de personnes non déclarées, témoignant d'une exploitation sous-jacente. France Info souligne que les subventions publiques ont également été détournées, avec Bertin ayant bénéficié de plus de 243 000 euros de l'Agence nationale de l'habitat pour rénover des appartements, qu'il a ensuite loués à des prix exorbitants.
Devant le tribunal, Bertin a exprimé des remords, reconnaissant la mise en danger des locataires et des employés, et a affirmé avoir « compris la leçon ». Son patrimoine, qualifié d'« empire immobilier » par le juge, est évalué à plus de 1,8 million d'euros, constitué d'appartements souvent acquis dans des bâtiments délabrés et rénovés après division des surfaces.
Des témoignages de femmes de ménage, présentées comme victimes de ce système, ont été cruciaux. Elles ont décrit un situation d'« esclavagisme moderne », où le propriétaire offrait un logement en échange de travail, une pratique dénoncée par l'avocate Samantha Graas.
En dépit de son parcours judiciaire, Bertin a remis en location, quelques mois après sa libération, un appartement prohibé, encaissant un loyer de 450 euros d'un locataire en situation irrégulière. Le procureur a requis l'interdiction d'acheter des biens immobiliers destinés à la location, ainsi qu'une exclusion définitive de toute gestion d'entreprise. La défense doit faire entendre son plaidoyer demain.







