« Bouhouuuu. Bolloré encu** ». Ces mots ont résonné lors de la 79e Festival de Cannes. Le logo de Canal+ s'affiche sur grand écran, mais la vérité sur le premier financeur privé du cinéma français est plus complexe.
Une tribune publiée dans Libération par plus de 600 membres de l'industrie a récemment mis en lumière l'emprise jugée excessive de Vincent Bolloré sur le cinéma. Une inquiétude qui s'amplifie depuis que des responsabilités et des influenceurs se posent la question : peut-on réellement se passer de Vincent Bolloré ?
Canal+, pilier du cinéma français : plus qu'un simple acteur économique
Malgré les préoccupations soulevées, il est indéniable que Canal+ est au cœur du financement du cinéma français depuis 1984. « Canal+ est incontournable », affirme Jeanne Herry, réalisatrice présente à Cannes. Thomas Paris, économiste des industries créatives, confirme : « La position dominante de Canal+ s'inscrit dans l'histoire même du cinéma français. »
En même temps, il est essentiel de noter que cette situation a toujours été entourée d'engagements : Canal+ doit non seulement financer des films français, mais aussi s'engager à diffuser un certain type de contenu. Alain Attal, producteur cinéma, souligne que « trois principales entités - France Télévisions, Canal+, et le CNC - composent l'écosystème du financement, mais Canal+ reste un maillon essentiel. »
Une question d'idéologie*
Au-delà des préoccupations économiques, l'inquiétude grandissante touche également à des éléments plus profonds : la peur d'une homogénéisation du cinéma. « Gros acteurs équivalent à mainmise sur les imaginaires », déclare l'économiste, mettant en exergue une dimension idéologique de cette tribune. Anna Mouglalis, actrice et signataire de la tribune, s'interroge sur l'impact des financements : « Je crains que Bolloré menace notre liberté de création. » Mais Arthur Harari, réalisateur, nuance ces inquiétudes, affirmant que Canal+ assure encore une forme de diversité dans le cinéma.
Est-ce un tournant pour l'industrie ?
« Je ne souhaite plus que Canal+ collabore avec ceux qui ont signé cette tribune », a réagi Maxime Saada, président de Canal+. Ce genre de déclarations témoigne d'une tension croissante au sein de l'industrie. Cependant, Thomas Paris estime qu'il est peu probable qu'une rupture significative survienne ; les parties ont des intérêts convergents, et des négociations sont à prévoir.
Malgré les cris d'alerte, des réalisateurs affirment n'avoir jamais ressenti d'ingérence dans leur travail. « Nous nous sentons soutenus sans pression », explique Hugo Sélignac, producteur. Pierre Salvadori, réalisateur, soutient également qu'il est à l'aise tant qu'il n'y a pas de trahison dans le financement artistique.
La Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), reconnaissant les inquiétudes, propose un dialogue entre les signataires de la tribune et Canal+ pour rétablir la confiance. Car au final, il est improbable d'imaginer un cinéma sans le soutien financier de Canal+.







