Lors du congrès mondial des médias qui s'est tenu à Marseille, Arthur Gregg Sulzberger, président du New York Times, a vivement dénoncé les entreprises d'intelligence artificielle, les accusant de « vol flagrant de propriété intellectuelle » et de représenter un danger pour le journalisme. Le dirigeant a exprimé ses préoccupations face à un modèle économique de plus en plus menacé.
« Les géants technologiques exploitent les contenus des sites d'information sans leur accord, se les appropriant comme s'ils en étaient les auteurs, et en détournant à leur avantage à la fois l'audience et les revenus », a-t-il déclaré, suscitant des applaudissements parmi les participants. Sulzberger, dont la famille dirige le journal depuis des générations, a mis en lumière l'importance du journalisme indépendant pour la démocratie.
À l'heure où le New York Times compte plus de 13 millions d'abonnés grâce à une diversification réussie de son offre (incluant podcasts et recettes de cuisine), il a rappelé que les États-Unis avaient perdu environ 3 000 journaux au cours des deux dernières décennies. Ce constat sombre a résonné fortement lors de cette 77e édition de l'association mondiale WAN-IFRA.
Les médias, déjà sous pression des réseaux sociaux, sont désormais confrontés à la menace des agents conversationnels comme ChatGPT, qui exploitent des contenus d'actualités pour fournir des réponses instantanées et ainsi diminuer le trafic vers les sites d'information.
Ladina Heimgartner, présidente de WAN-IFRA et directrice générale de Ringier Médias, a souligné que nous sommes à un tournant crucial dans l'histoire des médias. Selon elle, « la perte de valeur est inacceptable », mais le dialogue avec les entreprises technologiques est essentiel. Le congrès, co-organisé avec CMA Media, a également vu la participation de Google, qui a signé des accords pour rémunérer les éditeurs de presse pour leurs contenus.
Jean-Christophe Tortora, directeur général de CMA Media, a plaidé pour un « new deal » entre éditeurs, géants de la tech et autorités publiques pour assurer la viabilité du secteur. Il a mis en garde contre une approche fragmentée où chacun négocie séparément, estimant que cela ne suffira pas à assurer la pérennité du journalisme.
Sulzberger a critiqué le manque de réactions des médias face aux abus et a rappelé que les batailles judiciaires sont longues et coûteuses. Le New York Times poursuit actuellement OpenAI et Perplexity pour atteinte aux droits d'auteur, une procédure qui, après deux ans et demi, a coûté environ 20 millions de dollars au journal. « Les entreprises d'IA le savent : la plupart des médias n'ont pas les moyens de faire respecter leurs droits », a-t-il ajouté.
En France, l'Apig, représentant près de 300 quotidiens, a récemment annoncé une action en justice contre Brave, une société californienne, pour avoir exploité illégalement ses contenus via l'IA.
Finalement, le congrès WAN-IFRA, qui se termine mercredi, a salué le travail des photographes et journalistes vidéo qui risquent leur vie à Gaza pour fournir des reportages durant cette période de conflit.







