Le ministère public a fait part de ses conclusions ce lundi, revendiquant des peines pouvant atteindre 16 ans de réclusion pour Félix Bingui, leader présumé du clan Yoda, un groupe de narcotrafic marseillais ayant engendré des profits considérables.
Aux côtés de Bingui, connu sous le nom de "Fé" ou "Le Chat", les réquisitions les plus sévères touchent également Mohamed Hussein Saleh, décrit comme son "bras droit", pour qui 12 ans de prison sont réclamés. Zine Eddine Belkai, le responsable des points de vente, en fuite, risque 10 ans.
Le procureur a stipulé que ces peines devraient être accompagnées d'une période de sûreté des deux tiers, incluant des amendes pouvant atteindre 500.000 euros pour le principal accusé, Félix Bingui.
"Malgré leurs affirmations d'innocence, la réalité est que d'énormes quantités de drogues circulent à Marseille, généraient des bénéfices astronomiques via des réseaux bien organisés", a insisté le représentant du ministère public, ajoutant que les enquêteurs avaient consacré des mois à démanteler ces circuits.
L’avocat de Bingui, Me Philippe Ohayon, a déploré que le tribunal utilise son client comme un "cobaye" pour établir de nouvelles normes de peine dans les cas de trafic de cannabis. Me Gaétan Poitevin, l'avocat de Saleh, a jugé les réquisitions "énormément disproportionnées", signalant que son client était libre sous contrôle judiciaire.
- "Une lutte acharnée" -
Félix Bingui, âgé de 35 ans, est jugé depuis le 18 mai avec 19 autres prévenus, certains sous mandats d'arrêt, pour des crimes liés à la drogue, à l'association de malfaiteurs, et au blanchiment d'argent, le tout en état de récidive. Connu pour ses antécédents judiciaires, "Le Chat" fait face à une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans.
Les enquêteurs ont observé et suivi les activités des prévenus entre août 2021 et juin 2023, mettant en lumière la gestion de plusieurs points de vente dans les quartiers Nord, particulièrement à "La Fontaine", jugé comme l'un des plus actifs de Marseille. Les témoignages indiquent qu'un client se présentait toutes les 30 secondes, un fait perturbant mis en avant par le procureur.
Des dispositifs de sécurité étaient en place pour gérer l'espace public, incluant un feu de palettes pour illuminer les lieux la nuit. En début d'année, cette cité est devenue le théâtre d'une guerre de territoires entre les Yoda et une nouvelle faction, la DZ Mafia.
Les réseaux criminels, armés, sont en concurrence acharnée pour contrôler les points de vente et les revenus qui y sont associés. "Les statistiques de 2023 montrent une violence exacerbée, avec 52 meurtres et 124 blessés à Marseille", a rapporté le magistrat.
- "Chef", "patron" -
Au cours des deux semaines d’audience, Bingui, arrêté au Maroc en mars 2024 et extradé, a nié toute implication dans le narcotrafic, peinant toutefois à expliquer son luxe ostentatoire : hôtels chics, montres Rolex et voyages en classe affaires.
Le magistrat a qualifié le cartel de "véritable organisation", mentionnant l'importance d'une équipe dédiée à la vente et à la gestion des bénéfices, ainsi qu'une autre pour l'approvisionnement. "Bingui se présente comme le leader, digne de respect ou craint par ses associés", a-t-il déclaré.
Pour les autres prévenus, les demandes de peine varient de un à six ans, la plupart étant jugés libres. Les plaidoiries commenceront mardi, avec un verdict attendu à la fin de la semaine.







