Dans l'est de la Syrie, Issa al-Moussa, un agriculteur, se trouve au cœur d'une catastrophe naturelle sans précédent, alors que la montée des eaux de l'Euphrate a submergé ses champs de blé. Cette situation, qualifiée d’« exceptionnelle » par les autorités, est la conséquence de fortes précipitations et de l'ouverture des barrages en Turquie.
Le fleuve, qui prend sa source en Turquie avant de traverser la Syrie, est au centre des préoccupations des agriculteurs de la région. D'après les informations de l'agence AFP, environ 500 hectares de terres agricoles ont été inondés dans la province de Deir Ezzor, tandis que 150 hectares sont touchés dans le village d'Al-Mahoukiya, dans la province de Raqqa. Issa al-Moussa, habitant de Kharita, explique son désespoir : "Chaque dounam a coûté un million de livres. Tous mes investissements sont désormais perdus."
Les villages dépendent fortement de l'agriculture, et pour beaucoup, c'est la seule source de revenu. "Nos terres sont sous l'eau, et personne ne sait quand cela va cesser", affirme au reporter une voix pleine de désespoir. Les agriculteurs demandent des compensations, ainsi que des fournitures d'engrais et de carburant pour redresser leur situation.
Des plaintes se font entendre concernant le manque de communication des autorités. Beaucoup accusent le gouvernement d'avoir tardé à avertir les exploitants sur l'ouverture des barrages. Issa al-Moussa déclare : "On ne nous avait pas prévenus, et maintenant, nos champs sont engloutis."
Le ministre de l’Énergie, selon les propos rapportés par divers médias, mentionne que l'alerte turque est parvenue trop tard. La Turquie a cependant été interrogée sur la coordination relative à l'ouverture des barrages, sans fournir de réponse claire. Des rapports turcs parlent également de lâchers d’eau contrôlés pour gérer le niveau du fleuve, mais cela n’a pas suffi à prévenir les dégâts.
En plus des cultures détruites, les inondations ont gravement affecté les infrastructures locales. "Environ 60 stations de pompage ont été mises hors service", précise Ahmad al-Moussa, directeur général de la compagnie des eaux. Cela complique encore la situation pour les agriculteurs et les habitants de la région.
Les nouvelles en provenance de Raqqa parlent d'une légère baisse du niveau de l'Euphrate, avec une diminution de 60 centimètres, mais cela reste largement insuffisant pour soulager la crise. De nombreux villageois, tels que Hamad al-Saadoun, contemplent les conséquences dramatiques, comme un pont de fortune effondré. "Nous devons maintenant utiliser des barques pour traverser, ce qui est extrêmement dangereux", regrette-t-il.
Ces inondations, décrites comme les plus sévères depuis 30 ans, ont poussé les autorités syriennes à décréter un état d'urgence, incluant des travaux de consolidation de digues et la préparation d'éventuelles évacuations. Un habitant de Kharita, Mohammad Khadr al-Hussein, témoigne : "La crue nous a pris par surprise. Nous avons dû fuir sans rien emporter, laissé derrière nous nos biens, nos maisons...".
"Nous sommes des paysans, nous vivons au rythme des saisons", ajoute un agriculteur dévasté. "Nous contractons des dettes en début d'année et espérons que la récolte nous permettra de rembourser. Aujourd'hui, tout est perdu : notre argent et nos récoltes."







