A peine instaurées, les zones à faibles émissions (ZFE) semblent déjà vouées à l'oubli. Issues des lois d’orientation des mobilités (2019) et Climat et résilience (2021), ces zones visent à bannir progressivement les véhicules les plus polluants pour purifier l'air des métropoles de plus de 150 000 habitants. Cependant, les pressions politiques, notamment de la droite, de l’extrême droite et de La France insoumise (LFI), ont conduit à intégrer leur abolition dans le projet de loi de simplification de la vie économique. Un nouvel accord, rapporté par Le Monde le 20 janvier, pourrait sceller leur sort, sauf recours éventuel du Conseil constitutionnel.
Ce dispositif était destiné à répondre à un constat alarmant : en France, la pollution de l'air, largement causée par les voitures, entraîne chaque année plus de 40 000 décès précoces. La logique des ZFE était d'encourager le renouvellement du parc automobile en restreignant l'accès urbain aux véhicules polluants, au bénéfice de ceux moins nocifs. Cependant, abandonner ce projet équivaudrait à accepter un recul dans les efforts pour améliorer la santé publique et atténuer le changement climatique.
Cette problématique souligne les défis quant à l'application des politiques écologiques. Après le combat pour la loi Climat et résilience, la succession de gouvernements a omis de soutenir des mesures telles que les ZFE. Pour éviter le jacobinisme, souvent perçu comme autoritaire, l’exécutif a ensuite délégué cette responsabilité aux collectivités locales, pensées comme plus aptes à adapter le dispositif aux spécificités locales.
Urgence à agir
Les actions à entreprendre devraient pourtant être coordonnées : sensibilisation à la qualité de l'air, investissements accrus dans les infrastructures de transport en commun, aides ciblées à la transition énergétique pour les ménages impactés par les ZFE. Au lieu de cela, face à des contraintes budgétaires, les premiers ministres ont opté pour la réduction des soutiens aux véhicules respectueux de l'environnement.
Ce retrait a créé un vide exploité par un populisme florissant sur les réseaux sociaux. Les opposants aux ZFE unissent diverses indignations : contre les métropoles, contre les élites, contre le pouvoir en place, relayées sous le hashtag #Gueux. Malgré une réglementation laxiste, des partis variés, du Rassemblement national à LFI, profitent de ce mécontentement sans offrir d'alternatives concrètes.
Mal conçues en matière de financement, mal expliquées et stigmatisées par leurs détracteurs, les ZFE souffrent de l'incapacité d'une classe politique à appréhender les enjeux de l'écologie à long terme. Le temps presse pour agir. La suppression des ZFE ne mettra pas fin à la pollution urbaine ni au changement climatique.







