Médecins du monde a publié le 31 mars une étude préoccupante sur les réalités vécues par les livreurs à vélo en France. En interrogeant plus de 1 000 travailleurs basés à Paris et Bordeaux, l’association révèle des problèmes significatifs, notamment la discrimination, les agressions et la précarité sanitaire. Dans ce secteur, 98 % des livreurs sont issus de l'immigration, dont 68 % ne disposent pas de papiers.
Les journées de travail sont souvent longues, avec une moyenne de 63 heures par semaine pour un salaire brut de 1 480 euros. Les livreurs pour des plateformes comme Uber et Deliveroo rapportent des conditions de travail éprouvantes, caractérisées par des douleurs musculaires et un stress constant, principalement dû à une gestion par algorithme qui exacerbe leur état de santé, selon un rapport d'Anses.
Près de 60 % des répondants déclarent avoir subi des discriminations de la part des clients ou des restaurateurs, souvent en raison de leur origine ethnique. Les agressions verbales touchent également six livreurs sur dix, tandis qu’un quart d'entre eux a été victime d'agressions physiques. Certains subissent même des menaces de signalement, en particulier ceux sans papiers qui louent des comptes à des tiers pour travailler. Cette pratique, bien que courante, est illégale, et les titulaires des comptes ne payent pas toujours les revenus dus aux livreurs.
« Les livreurs sont majoritairement des personnes migrantes, beaucoup d'entre eux peinent à accéder à des droits fondamentaux, notamment en matière de santé », précise Médecins du monde. L'organisation indique également que, bien qu'ils soient classés comme travailleurs indépendants, les plateformes imposent une structure de travail qui engendre une forte subordination.
Un travail sous surveillance constante
Beaucoup de livreurs se disent constamment surveillés et s'efforcent de répondre aux exigences des plateformes par crainte d'être déconnectés. De plus, ils manquent d'informations claires sur la manière dont les courses sont attribuées. Les effets de cette pression sont visibles : douleurs persistantes au dos, aux articulations, fatigue chronique, et un nombre inquiétant de blessés parmi ceux ayant subi des accidents de la route.
Actuellement, seulement 68 % des livreurs bénéficient d'une couverture santé, et beaucoup hésitent à consulter un médecin, souvent en raison de leur statut administratif ou de considérations économiques. Un changement législatif au niveau européen pourrait redéfinir le statut de ces travailleurs, leur permettant d’acquérir des droits sociaux fondamentaux, une évolution nécessaire pour l'amélioration de leurs conditions de vie.
Cette situation soulève de nombreuses interrogations sur la responsabilité des plateformes de livraison et la protection des droits des travailleurs migrants en France. Des experts plaident pour que ces questions soient portées à l'agenda politique pour assurer un avenir plus juste et équitable pour ces travailleurs invisibles.







