Lors d'une audience au cour d'assises spéciales de Paris, le témoignage de Laurent Nuñez, ancien coordinateur antiterroriste à l'Élysée et actuel ministre de l'Intérieur, a soulevé des interrogations concernant l'assassinat de Samuel Paty. Nuñez a affirmé qu'une campagne de haine semblable à celle qui a visé l'enseignant ne le mettait « pas nécessairement » en danger, une déclaration qui a surpris tant la défense que les parties civiles.
Interrogé par un avocat de la partie civile sur la dangerosité de désigner une personne comme ayant offensé l'Islam, Nuñez a répondu : « Non, cela ne l’expose pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité ». Ce témoignage, qualifié de « fait majeur » par l'avocat de la défense, Me Vincent Brengarth, semble fragiliser l’accusation qui a déjà établi un lien entre la campagne orchestrée par Abdelhakim Sefrioui et l'assassinat du professeur en octobre 2020.
Une pierre d'achoppement pour l'accusation
Les avocats de Sefrioui et de Brahim Chnina, impliqués dans cette affaire, avaient précédemment été condamnés à 15 et 13 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste. La première cour d'assises avait qualifié leurs actions de « fatwa numérique » ayant contribué au meurtre de Samuel Paty, qui a été décapité par Abdoullakh Anzorov, un jeune radicalisé.
Alors que le procès des attentats de Charlie Hebdo et la récente menace d'Al-Qaïda planaient sur le pays à l'époque, le contexte semblait rendre toute désignation publique particulièrement risquée. Cependant, Nuñez a précisé que, même si la menace était élevée, celle-ci devait être considérée dans un cadre plus large pris depuis plusieurs années, indiquant une vigilance permanente face à ces menaces.
Une défense controversée
Nuñez a également défendu le travail des services de renseignement en déclarant que le danger n'avait pas été créé par le contexte ou le ciblage public, mais peut-être par des canaux de communication ignorés des autorités. Me Brengarth a réagi en faisant valoir que les responsables ne pouvaient blâmer les accusés pour quelque chose qu'ils n'avaient pas pu anticiper.
La défense d'Abdelhakim Sefrioui se divise en deux axes : d'une part, prouver la bonne foi de Sefrioui, convaincu que les actions de Paty stigmatisait les élèves musulmans ; d'autre part, questionner la culpabilité pénale sans preuve d'un lien direct avec l'attentat. Deux proches d'Anzorov sont également rejugés pour complicité d'assassinat, et le verdict est attendu le 28 février.







