Des nuages de fumée noire envahissent le ciel de Touapsé, une ville balnéaire de la Russie, où les résidents portent désormais des masques pour se prémunir contre la pollution générée par les frappes de drones ukrainiens sur une raffinerie locale.
Face aux offensives persistantes depuis 2022, l'Ukraine intensifie ses attaques sur les infrastructures pétrolières russes, ciblant raffineries, ports et dépôts. Cette stratégie est considérée comme des actes de légitime défense, en réponse à la guerre dévastatrice qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de civils en Ukraine.
Les installations pétrolières de Touapsé ont été visées à plusieurs reprises, la dernière attaque ayant eu lieu juste après minuit, déclenchant l'état d'urgence local et provoquant une épaisse fumée. "La rivière était en feu", raconte Vladimir, un habitant de 63 ans, à l'AFP, alors qu'il observe le ciel obscurci par la pollution.
L'odeur âcre du pétrole brûlé se répand dans toute la ville, souillant routes et trottoirs d'une matière collante, créant un environnement dangereux pour les 60 000 habitants, qui ont été appelés à rester à l'intérieur en raison d'un niveau élevé de benzène dans l'air, un agent reconnu comme cancérigène.
"Regardez cette poussière noire !", s'indigne Ievguenia, une retraitée masquée, en montrant l'état d'une voiture proche. Comme beaucoup, elle s'inquiète de la difficulté de nettoyer les conséquences de ces attaques répétées, notant que "trois bombardements en un mois, c'est insupportable".
Le terminal pétrolier, l'un des principaux sites ciblés, est situé près du centre-ville, à proximité de routes menant vers Sotchi, une destination prisée des élites russes. En réponse, le président Poutine a critiqué Kiev, accusa les autorités ukrainiennes d'utiliser des "méthodes terroristes" et a exprimé son inquiétude quant aux effets environnementaux dévastateurs de ces attaques.
Malgré ces accusations, le gouvernement ukrainien défend ses frappes comme visant uniquement des cibles militaires et énergétiques, afin de réduire le financement des opérations militaires russes. Les répercussions tragiques de ces frappes sont déjà palpables : trois personnes, dont une adolescente de 14 ans, ont trouvé la mort lors d'attaques passées.
Pour atténuer les dégâts, environ 600 personnes sont mobilisées sur le terrain dans une opération de dépollution. Selon un rapport partagé sur Telegram par une cellule de crise, près de 10 000 mètres cubes de terre contaminée et d'eau polluée ont été extraits de la région.
Les habitants de Touapsé ressentent les conséquences concrètes d'un conflit qui se prolonge depuis des années. "J'ai déjà vécu une guerre", explique Vladimir, en mémoire des affrontements en Tchétchénie, et conclut, "en voilà une autre...".







