Les réactions à La Havane ne se sont pas fait attendre suite à l'inculpation, mercredi, par les autorités américaines de Raul Castro, ancien président de Cuba. Cette décision, qui remonte à des événements survenus il y a plus de trois décennies, témoigne des relations tumultueuses entre Cuba et les États-Unis.
Raul Castro, frère du tristement célèbre Fidel Castro, fait face à des accusations de complot pour l'assassinat d'Américains en 1996. À cette époque, deux avions civils appartenant à des opposants au régime cubain avaient été abattus, entraînant la mort de quatre personnes. « Cette accusation, qui n'est pas seulement anecdotique, représente une attaque politique flagrante contre une figure publique de notre pays », a déclaré à l'AFPTV Fabian Fernandez, comptable de 30 ans.
De son côté, Pedro Leal, 65 ans, ancien enseignant, a dénoncé l'hypocrisie du gouvernement américain. « Ce qu'ils nous infligent, en plus du blocus énergétique qui paralyse notre accès au carburant, est à la fois criminel et profondément injuste », a-t-il affirmé. En réponse, le journal d'État Granma rapportait que les organisations politiques cubaines appelaient à un rassemblement pour « condamner les agissements infâmes » de l'administration américaine. « Ni les menaces, ni le blocus, ni les fausses accusations ne parviendront à faire plier la détermination des Cubains », ajoutait le message.
À 94 ans, Raul Castro reste l'une des figures emblématiques du pouvoir communiste à Cuba. En son temps ministre de la Défense, il est aujourd'hui dans la ligne de mire de ceux qui se battent pour un changement politique. Les victimes de l'incident de 1996 faisaient partie de l'organisation « Brothers to the Rescue », un groupe d'opposition qui a souvent été en conflit avec le régime cubain.
Lors d'une allocution, l'ex-président Donald Trump a qualifié l’inculpation de Raul Castro de « jour d'une très grande importance », tout en ajoutant qu'il n'était pas nécessaire d'amplifier l'escalade du conflit. « Cette région est en train de s'effondrer », a-t-il commenté.
En réponse à ces accusations, Todd Blanche, ministre américain de la Justice par intérim, a exprimé l'espoir que Raul Castro soit incarcéré aux États-Unis. « Ce procès ne doit pas être perçu comme une mise en scène ; nous prévoyons qu'il se présente de lui-même ou soit amené ici », a-t-il souligné lors d'une conférence à Miami.
La réaction du président cubain, Miguel Diaz-Canel, à ces accusations a été rapide et sévère. Sur le réseau social X, il a dénoncé ce qu'il qualifie de « manipulation politique sans fondement juridique » et souligne qu'elle vise à renforcer un dossier en faveur d'une éventuelle action militaire contre Cuba.
Pour sa part, la Chine a exprimé son soutien à Cuba, dénonçant les sanctions américaines comme « illégales » et appelant à la cessation des menaces. « Les États-Unis ne devraient pas abuser de leur pouvoir judiciaire pour faire pression sur la Cuba », a insisté un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Ces quelques jours de tensions se déroulent sur fond de crise économique marquée par des coupures d'électricité incessantes à Cuba. Le pays fait face à un embargo imposé depuis 1962, et récemment, les États-Unis ont renforcé leur blocus pétrolier sur l'île. Ce contexte a intensifié l'inquiétude d'une population déjà éprouvée par des difficultés quotidiennes.
Dans un climat déjà tendu, la présence récente du porte-avions américain Nimitz dans le sud des Caraïbes, le jour même de l'inculpation, a suscité des préoccupations supplémentaires quant à la stabilité de la région. Bien qu'un responsable américain ait précisé que la mission n'a pas de visée militaire, cela reste un signal fort dans un contexte de tensions croissantes.
Malgré ces circonstances, Carlos Fernandez de Cossio, vice-ministre cubain des Affaires étrangères, a affirmé que « toute tentative d'utiliser cette inculpation pour démanteler un soutien parmi les Cubains sera confrontée à une résistance farouche ».







