La commission d'enquête du Sénat a récemment mis en lumière les pratiques abusives dont souffrent les fournisseurs face à la grande distribution. Dans un rapport publié le 21 mai, les membres de la commission, présidée par Anne-Catherine Loisier, ont énoncé vingt recommandations visant à préserver l'agriculture et l'industrie françaises.
Des exemples clairs illustrent la situation : pour 100 euros dépensés par les consommateurs, seulement 8 euros arrivent aux agriculteurs. Le reste se divise entre les industriels, les importations et les marges exorbitantes des supermarchés.
Antoinette Guhl, rapporteure de la commission, déclare à l'AFP que « l'existence de pratiques problématiques », voire « prédataires », entre distributeurs et fournisseurs menace l'équilibre du marché. Face à une concentration marquée, trois grands groupes dominent le secteur, ce qui limite le pouvoir de négociation des 400 000 agriculteurs du pays.
Une concentration inquiétante
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : trois alliances majeures, à savoir Concordis, Aura/Everest et Eurelec, se livrent bataille contre un grand nombre d'exploitants agricoles et d'entreprises industrielles. Cette dynamique favorise des négociations souvent brutales, où la menace de rétractation de commandes devient une arme dans le jeu commercial.
Des pratiques inacceptables
Le rapport dénonce aussi l'usage d'une intimidation incessante, où les fournisseurs doivent souvent payer un droit de péage pour accéder au marché, en acquérant des services jugés inutiles. Ces abus provoquent une véritable casse sociale au sein de l'industrie agro-alimentaire, fragilisant des entreprises essentielles pour l'économie locale.
Appel à la transparence
Pour mettre fin à cette situation inacceptable, le Sénat recommande l'instauration d'un affichage des marges en magasin, notamment sur les fruits et légumes. La commission souhaite également une charte pour exclure certaines entreprises des centrales européennes d'achat, afin de mieux viser les contrôles et d'assurer une législation plus juste.
Avec ces propositions, le Sénat espère marquer le début d'une refonte nécessaire des relations entre distributeurs, fournisseurs et agriculteurs, un enjeu de taille pour la durabilité de la chaîne alimentaire française.







