Avec à peine 23% de femmes dans la sélection officielle cette année, le festival de Cannes fait face à un dur constat : la parité dans le cinéma est encore loin d’être atteinte. Alors que les critiques fusent, le directeur du festival, Thierry Frémaux, refuse d'instaurer des quotas, se concentrant plutôt sur la formation de la nouvelle génération.
Sur les vingt-deux films en compétition pour la Palme d'Or, seules cinq réalisatrices figurent : Charline Bourgeois-Tacquet avec La Vie d'une femme, Jeanne Herry avec Garance, Marie Kreutzer pour Gentle Monster, Léa Mysius avec Histoires de la nuit, et Valeska Grisebach avec L'Aventure rêvée.
« Trop peu », déplore l'actrice Charlotte Le Bon, qui plaide pour une augmentation du nombre de femmes remportant cette prestigieuse récompense. « Il est essentiel de continuer à dénoncer cette situation pour que le nombre de lauréates dépasse les trois », ajoute-t-elle avec insistance.
En 1993, Jane Campion fut la première femme à décrocher la Palme d'Or avec La leçon de piano, suivie en 2021 par Julia Ducournau pour Titane et Justine Triet en 2023 avec Anatomie d'une chute, alors que 75 autres lauréats ont été des hommes.
Géraldine Nakache, réalisatrice et comédienne, présente à Cannes pour promouvoir Si tu penses bien, aborde la question avec une certaine frustration. « J'ai l'opportunité d'être ici, mais les statistiques me rappellent que la situation évolue trop lentement », avoue-t-elle.
Selon une récente étude du Collectif 50/50, il y a eu un léger progrès dans la représentation des femmes dans la compétition à Cannes, avec 25% de réalisatrices entre 2021 et 2025, par rapport à 12% entre 2011 et 2020. L'édition 2023 a remporté un record avec 33% de femmes participantes.
Le festival de la Berlinale se distingue avec 33% de femmes entre 2021 et 2025, atteignant un pic de 44% en 2019, alors que Venise continue de montrer des chiffres similaires à Cannes. Fanny De Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50, insiste sur l'importance d'une programmation inclusive, soulignant que, sans cela, des récits capitaux pourraient rester inexplorés.
Critiques sur l'affiche officielle de cette édition, que certains voient comme une forme de « féminisme washing », renforcent ce sentiment. Le choix de représenter les héroïnes de Thelma & Louise par Geena Davis et Susan Sarandon n’a pas fait l'unanimité. Thierry Frémaux, cependant, réaffirme son engagement tout en refusant l'idée de quotas.
« Les réalisatrices commencent à émerger dans le paysage cinématographique », défend-il. Néanmoins, il concède que les progrès sont lents et que le débat sur la place des femmes dans l’industrie doit continuer.
L’Observatoire de l’égalité femmes-hommes du CNC révèle que près de 70% des postes clés dans les productions sont occupés par des hommes, et que les films dirigés par des femmes disposent de budgets significativement inférieurs. En 2024, l'écart atteindra 38%, une situation critique dénoncée par le Collectif 50/50.
Pour faire avancer les choses, le CNC prévoit d'appliquer des sanctions dès 2027 pour les productions qui ne respecteront pas la parité dans les postes de direction, marquant ainsi un tournant après plusieurs années de politiques incitatives jugées inefficaces.







