Le nouveau documentaire "Mon Coluche à moi", présenté jeudi au Festival de Cannes et diffusé sur TMC le 28 mai, explore la perception actuelle du célèbre humoriste. Michel Denisot, qui a connu Coluche personnellement, nous dévoile les dessous de ce projet.
Ce film sort à l'approche du 40e anniversaire de la mort de Coluche, survenue tragiquement le 19 juin 1986, alors qu'il n'avait que 41 ans. Denisot, en quête d'un regard contemporain sur ce personnage emblématique, a cherché à rassembler des témoignages d'artistes actuels.
"Comment ce documentaire a-t-il pris forme ?" interroge-t-on Denisot. "Il a été conçu en trois étapes. Tout a commencé lorsque Romain Colucci, le fils aîné de Coluche, m'a invité à écrire l'introduction d'un livre de ses citations. J'y ai partagé mon expérience personnelle avec lui. Ensuite, j'ai voulu comprendre comment Coluche est perçu aujourd'hui. J'ai contacté des artistes tels que Jérôme Commandeur et Jérémy Ferrari, qui ont chacun apporté un éclairage unique. Enfin, j'ai travaillé avec des jeunes pour comprendre leur vision de Coluche, en choisissant des archives qui leur parlaient."
Comment les jeunes d'aujourd'hui voient-ils Coluche ? "Pour eux, il représente souvent les Restos du cœur et quelques extraits de ses sketchs qui circulent sur les réseaux", explique Denisot. "Ils ont conscience de ses engagements, comme sa campagne présidentielle de 1981, mais chaque génération se l'approprie à sa manière. C’est pourquoi j’appelle ce documentaire 'Mon Coluche à moi' : chacun a sa propre perception de lui, peu importe son âge."
Coluche reste un personnage marquant de l'histoire. "Il avait ce don de viser juste, d’aborder des sujets profonds à travers l'humour. Il parlait de sujets tabous et soutenait les marginalisés, témoignant de son enfance difficile", souligne Denisot. Harlem Désir, un ami de Coluche et ancien président de SOS Racisme, a déclaré : "À l'époque, Coluche pesait autant que le président de la République dans l'opinion publique". Ces paroles rappellent la portée sociale de l'humoriste, qui semble manquante aujourd'hui.
Cependant, le film n'hésite pas à aborder les facettes controversées de Coluche, notamment ses attitudes qui peuvent sembler misogynes. "J'ai souhaité avoir une équipe féminine pour apporter une vision critique, car ce n'est pas une hagiographie", note Denisot. Romain Colucci, en voyant le montage, a trouvé que le documentaire capture toutes les facettes de son père, même celles qui ne correspondent plus aux standards contemporains.
Des aspects méconnus de Coluche sont également révélés : "Il était bien plus pudique que le laissent penser certaines de ses blagues. Sous son humour se cachait une grande tristesse et une peur de la solitude", confie Denisot.
Les deux hommes ont partagé des moments intensifs, travaillant ensemble à Canal+ dans les dernières années de la vie de Coluche. "Nous avions des points communs liés à notre enfance, ayant tous deux traversé des pertes", se souvient Denisot. Ces années furent marquées par des œuvres mémorables. "Je pense souvent à lui, réalisant à quel point son regard sur le monde d'aujourd'hui nous aurait fait du bien."







