À Ghunjan, un petit village d'Afghanistan, la voix éteinte d'une mère résonne avec un chagrin profond. Mah Jan, veuve de cinquante ans, se remémore son fils Habibullah, décédé à seulement quinze ans après avoir tenté de quitter son foyer à la recherche de travail en Iran. "Nous n'avons rien pour vivre," balance-t-elle, tenant une photo de son jeune fils, son regard plein d'espoir. "Il croyait qu'il pourrait changer notre sort," dit-elle entre deux sanglots.
Dans un pays ravagé par des guerres incessantes et des catastrophes naturelles, des millions d'Afghans sont poussés à l'exil. Selon une étude récente effectuée par l'ONU, d'ici 2026, près de 21,9 millions de personnes pourraient avoir besoin d'aide humanitaire en Afghanistan, représentant ainsi 45% de la population. Les jeunes comme Habibullah, fatigués de la misère et des conditions inhumaines, se lancent dans des voyages périlleux à travers les montagnes, rêvant d'un avenir meilleur.
À cette époque de l'année, les températures peuvent chuter dangereusement. Des milliers de migrants afghans sont secourus chaque mois des griffes du froid et de la mort sur des routes clandestines. Malheureusement, certains comme Habibullah n'ont pas cette chance. "Certains de ses camarades ont été retrouvés sans vie, victimes des intempéries," rapporte Majid Shoja, commandant des gardes-frontières iraniens.
Les histoires de désespoir ne s'arrêtent pas là. Abdoul Majid Haidari, un autre jeune homme âgé de vingt-cinq ans, partage un récit similaire. "Pour payer les médicaments de mon fils en bas âge, j'ai décidé de partir, mais nous avons perdu notre chemin. Nous avons essayé de faire un feu pour nous réchauffer, mais la situation était désespérée," explique son demi-frère Yunus, qui l'accompagnait dans ce périple.
Les conditions de vie en Afghanistan continuent de se détériorer, aggravées par l'arrivée de millions de personnes renvoyées de pays voisins comme le Pakistan et l'Iran. "Cinq millions d'Afghans sont rentrés récemment, ce qui représente une charge considérable pour un pays déjà en difficulté," explique Mutya Izora Maskun, cheffe adjointe de l'Organisation internationale des migrations (OIM) en Afghanistan.
Les jeunes Afghans se retrouvent donc à nouveau confrontés à un choix déchirant : rester dans un environnement dangereux et sans avenir, ou prendre le risque de traverser des montagnes mortelles pour une lueur d'espoir. Les passeurs profitent de cette détresse, bien que des efforts soient faits pour freiner leur activité. "Nous avons intensifié la lutte contre le trafic des personnes, mais cela reste un défi," souligne Abdul Mateen Qani, porte-parole du ministère de l'Intérieur. Au bout du compte, la question reste : jusqu'où iront-ils pour assurer un avenir à leurs familles ?







