Après les élections municipales, les 1 252 intercommunalités françaises vont procéder à l'élection de leurs représentants. Ce moment représente un enjeu politique essentiel pour cette structure administrative, souvent méconnue mais dotée de pouvoirs considérables.
Ce scrutin, considéré comme le quatrième tour des élections municipales, a vu les citoyens se rendre aux urnes lors de deux dimanches consécutifs. La prochaine étape consistera à désigner les instances dirigeantes des diverses intercommunalités dans les semaines à venir.
Cette élection est d'une importance capitale. Les intercommunalités gèrent des compétences essentielles telles que la collecte des déchets, la gestion de l'eau, la planification des transports, et le développement économique. De plus, c'est à ce niveau que sont décidés des grands projets d'investissement, des équipements sportifs aux espaces culturels.
Une élection structuring pour un territoire
"Les communes et les intercommunalités doivent coopérer pour avancer ensemble," déclare Eric Kerrouche, politologue au Cevipof, soulignant l'importance de cette élection. "Les compétences des intercommunalités sont fondamentales, rendant ce scrutin crucial pour l'avenir des territoires," précise-t-il dans son ouvrage Le casse-tête démocratique : l'avenir des communes, coécrit avec Martial Foucault.
La France compte 1 252 intercommunalités sous la forme d'établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Ces structures se divisent principalement en quatre types : les communautés de communes (987), communautés d’agglomération (230), communautés urbaines (14) et métropoles (21), qui incluent des villes majeures comme Paris et Marseille.
Un équilibre politique à préserver
À Lyon, les élections ont déjà été conclues. Véronique Sarselli, maire Les Républicains de Sainte-Foy-lès-Lyon, a été élue présidente de la Métropole, succédant à un écologiste. Sa collaboration avec le maire de Lyon, Grégory Doucet, élu écologiste, soulève des questions sur la possibilité de mener à bien des politiques cohérentes. "Je privilégierai la coopération, tout en défendant les intérêts de la Métropole," a-t-elle déclaré.
À Marseille, la métropole a vécu une cohabitation politique entre 2020 et 2026, ce qui a souvent entraîné des blocages dans la prise de décision, illustrant les défis d'une telle configuration. Un rapport récent de la chambre régionale des comptes a souligné des défauts de concertation dans des projets importants.
Vers une dynamique collaborative
Alors que les électeurs s'apprêtent à voter pour la présidence de la métropole de Marseille, les élus souhaitent éviter les tensions passées. Selon un membre de la majorité, "Tout le monde souhaite travailler ensemble pour le bien de la Métropole," une tendance que confirme le politologue Eric Kerrouche. Ce dernier évoque également une comparaison avec les méthodes de compromis observées au sein des institutions européennes.
Dans les zones rurales, comme l'indique Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves, l'absence d'étiquettes politiques est souvent la norme : "On évite de faire de la politique dans notre intercommunalité. La coopération est essentielle," dit-elle. Toutefois, elle exprime des craintes quant à la politisation croissante des assemblées.
Une nouvelle dynamique politique
Avec le succès récent de La France insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN) aux municipales, leur influence au sein des intercommunalités est amenée à croître. Ludovic Pajot, maire RN de Bruay-la-Buissière, note que son équipe va considérablement augmenter sa représentation au sein de sa communauté d'agglomération. Il voit notamment ces instances comme des espaces privilégiés pour promouvoir leurs idées.
De son côté, Paul Vannier, député de LFI, évoque l'objectif d'établir un maximum de représentations pour défendre un programme de rupture à l'échelle locale. Une dynamique qui pourrait redessiner l'équilibre traditionnel entre la gauche et la droite au sein de ces instances.
Des enjeux démocratiques à considérer
Eric Kerrouche soutient que le manque de connaissance des élections intercommunales pose de réels problèmes démocratiques. "Les citoyens ont souvent l'impression que tout dépend du maire, alors que le poids des intercommunalités est déterminant," observe-t-il. En parallèle, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis d'associer les nouveaux maires à la préparation de la loi de décentralisation, abordant ainsi les défis qui guettent les intercommunalités.







