Mercredi, le gouvernement français a révélé une stratégie audacieuse visant à atteindre une France "neutre en carbone" d'ici 2050. Cette initiative s'inscrit dans un contexte de crises environnementales croissantes, amplifiées par des épisodes caniculaires récents.
"Il est impératif d’accélérer notre adaptation au changement climatique tout en intensifiant nos efforts de décarbonation. Réduire les émissions demeure la priorité", a déclaré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, en dévoilant le plan au ministère.
La Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) ambitionne d’éliminer la consommation de charbon d'ici 2030, celle de pétrole d'ici 2045, et de gaz fossile d'ici 2050. Ce plan doit être officialisé par un décret d'ici la fin de la semaine, selon les annonces du ministère.
L'objectif est de réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990. Cela implique une diminution annuelle de 5% des émissions pour atteindre la neutralité carbone, où émissions et absorptions de carbone se compensent.
"Au fil des ans, nous avons développé des technologies efficaces pour améliorer nos modes de transport, de chauffage et de production, tout en diminuant progressivement notre dépendance aux énergies fossiles. Il est essentiel d'accélérer leur déploiement, et cette strategie propose un guide sectoriel concret pour y parvenir", a précisé la ministre.
- Transports, agriculture, industrie... -
La SNBC-3 couvre divers secteurs, notamment les transports, l'agriculture et les bâtiments, en illustrant les objectifs de réduction des émissions. Dans le secteur des transports, il est prévu d'atteindre la "quasi-neutralité" carbone d'ici 2050 en développant les biocarburants, l'électrification et en favorisant les pratiques de sobriété. D'ici 2030, 66% des voitures et 90% des autobus devront être électriques parmi les ventes de véhicules neufs.
En ce qui concerne l'agriculture, la stratégie vise une réduction de 26% des émissions d'ici 2030 et de 53% d'ici 2050, en diminuant les émissions des troupeaux et l'utilisation d'engins agricoles polluants.
Pour l'industrie, l'ambition est de réduire les émissions de 70% d'ici 2030 et de 96% d'ici 2050, notamment grâce à l'électrification de la production, la sobriété et la captation du carbone.
Ce projet de feuille de route, imaginé bien avant la publication, avait été soumis à des consultations intensives. Lors d'une conférence à Santa Marta en Colombie en avril, les engagements français ont suscité des réactions positives parmi une cinquantaine de pays participants.
Pour faciliter l'exécution de cette stratégie, un plan d’électrification de l'économie a été lancé en avril, englobant les secteurs de l'industrie, des transports et du numérique.
- Canicules -
Ce contexte se voit exacerbé par trois vagues de chaleur survenues en moins de deux mois, attestant des conséquences désastreuses du changement climatique, dues principalement à l’utilisation des énergies fossiles. Face à la lenteur perçue du gouvernement sur les questions d'adaptation, des voix s'élevent. Les critiques se sont intensifiées après le gel de 163 millions d'euros du fonds vert, prévu pour appuyer la transition écologique des collectivités locales.
"Est-ce que la SNBC que nous aurions rédigée nous-mêmes serait identique ? Pas vraiment. Nous aurions mis davantage l'accent sur la sobriété, surtout dans le secteur des transports internationaux", a affirmé Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, présente lors de l'annonce.
Elle a également appelé à plus de transparence sur les mesures évoquées dans le texte et à une harmonisation des politiques en cohérence avec les trajectoires de réduction des émissions. Les baisses observées en 2024 et 2025, respectivement de 3% et 2,1%, contrastent fortement avec les baisses plus significatives de 2022 et 2023, de -6,8% et -3,9%.







